Is 61, 1-2a.10-11
1 Th 5, 16-24
Jn 1, 6-8.19-28
Lc 1, 46b-48, 49-50, 53-54
Chers frères,
Je ne me prends pas pour le Pape…mais je voudrais lui emprunter la parole très forte qu’il a prononcée le mois dernier lors de la rencontre avec les jeunes au Stade de France : « Vous êtes les saints de France ! »
Cette affirmation a suscité un grand enthousiasme, mais aussi beaucoup de questions. Comment ne pas nous sentir personnellement interpellés dans notre vie de chrétiens ?
Cependant, pour beaucoup d’entre nous, la sainteté représente un objectif inaccessible.
Nous honorons des femmes et des hommes qui ont été reconnus comme saints, et que l’Eglise nous donne somme modèles. Ils sont très nombreux et divers, et nous pouvons suivre leurs traces ou nous attacher à celui qui nous rejoint le plus ou dont nous portons le prénom : Jean, Marc, Nicolas, Valentin, Antoine, Philippe, Patrick, Christian, Arthur, Michel, Baptiste, Simon…
Mais les textes de la fête des « TOUS LES SAINTS » nous disent que la sainteté n’est pas réservée à quelques chrétiens d’exception, ou qui auraient eu une vie héroïque : c’est « un peuple immense, que nul ne pouvait dénombrer ».
La sainteté est un appel au vrai bonheur adressé à tous, auquel nous pouvons chercher à répondre : « Heureux les pauvres de cœur, heureux ceux qui pleurent, heureux les doux », proclame l’Évangile. La sainteté se rencontre aussi dans l’humilité et la simplicité de vies cachées, dont le monde n’aura peut-être jamais connaissance, mais qui se seront laissé irriguer par l’amour, pour le diffuser autour d’eux. Je pense à cette vieille grand-mère qui n’a pas fait des exploits extraordinaires dans sa vie, mais qui a simplement aimé sa famille et qui rendait service à ses voisins par un sourire ou une parole aimable, je pense à ce moine dans son couvent qui consacre sa vie à la prière, et au travail en faisant du fromage avec le lait des vaches, et qui réserve toujours un accueil bienveillant aux visiteurs, ou à cet ouvrier qui a passé une bonne partie de sa carrière à former des plus jeunes, sans jamais se mettre en avant, ni avoir l’ambition de dominer les autres….Vous en connaissez certainement vous-mêmes…
Le Pape François disait que « ce sont les saints de la porte d’à côté ».
En comme chemin de sainteté et de bonheur, Jésus nous adresse une parole étonnante : les Béatitudes : « Heureux les pauvres de cœur », « Heureux ceux qui pleurent », « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice ».
Quand on entend le mot heureux, on peut se demander : comment être heureux quand on est enfermé, quand on est séparé de ses proches, quand on porte des regrets, des blessures ou des remords ?
Est-ce que Jésus ne serait pas en train de nous parler d’un bonheur inaccessible ? Non. Jésus ne dit pas que la souffrance est une bonne chose, ni que le malheur c’est le bonheur.
Il nous dit quelque chose de beaucoup plus profond : même dans les situations les plus difficiles, même ici et maintenant, Dieu ne nous abandonne pas. Il regarde avec un amour privilégié toutes les personnes fragiles, celles qui pleurent, celles qui cherchent la justice, celles qui essaient de construire la paix.
Peut-être que certains d’entre nous connaissent les regrets, la culpabilité ou le désir de réparer ce qui a été abîmé. Jésus ne nous enferme pas dans notre passé. Il nous regarde comme des personnes capables de changer, de choisir un autre chemin et de recommencer.
André Chouraki traduit le mot heureux par « En marche ! »
Ça veut dire : tu es bien parti, tu es sur la bonne route, continue sur ce chemin !
Bien sûr, recommencer ne signifie pas effacer ce qui s’est passé. Cela peut demander du courage, de la patience et du temps. Mais notre histoire ne se réduit pas à nos erreurs.
Aux yeux de Dieu, chacun garde une dignité qui ne disparaît pas derrière les murs.
Alors, concrètement, comment vivre les Béatitudes ici, aujourd’hui ? Peut-être en refusant d’exprimer une parole ou une réplique qui humilie, en écoutant quelqu’un qui va mal, en demandant pardon, en acceptant de donner de l’aide, ou simplement en gardant une petite place pour l’espérance.
Avec le Christ, il est toujours possible de faire un pas vers la vie. Jésus nous invite à devenir des artisans de paix, même dans un lieu où les tensions sont être nombreuses : un geste de respect, une parole qui relève, un pardon offert peuvent déjà ouvrir une brèche dans les murs qui nous isolent et qui nous séparent.
Finalement, la Toussaint, ce n‘est pas uniquement honorer tous les Saints du passé, mais aussi les vivants autour de nous d’aujourd’hui ! Car nous sommes ce « peuple immense, de toutes nations, tribus, peuples et langues » appelé à vivre dans l’esprit des Béatitudes.
Chers frères, la Toussaint nous rappelle que la sainteté n’est pas réservée à des personnes parfaites. Elle commence quand nous laissons Dieu rejoindre notre fragilité et transformer notre cœur.
On dit que les Saints, sont comme les vitraux, ce n’est pas eux qu’il faut regarder, mais la couleur qu’ils donnent : ils laissent passer la lumière de Dieu, sans y faire obstacle.
Comment être des saints aujourd’hui ? Ce qui nous parait est impossible par nos propres moyens, avec nos petites forces…Dieu peut l’accomplir en nous, en tout homme, si nous le laissons nous guider sur le chemin des Béatitudes.
Amen
Emmanuel MÉRIAUX, diacre
Maison d’Arrêt de Nantes
1er novembre 2026