L’évangile de la guérison de l’aveugle né que nous venons d’entendre est l’un des trois récits extraits de l’évangile de St Jean, qui ont été choisis pour accompagner la dernière ligne droite du cheminement des catéchumènes vers la célébration de leur Baptême à la Vigile pascale. Je vous les rappelle : la rencontre avec la Samaritaine (c’était dimanche dernier) et le récit de la résurrection de Lazarre (dimanche prochain). Ce triptyque du Carême nous éclaire dans une (re)découverte du don du baptême, Dans notre diocèse ils seront 223 adultes et 190 jeunes, collégiens ou lycéens à recevoir ce sacrement dans quelques semaines.
Ainsi « ces trois dimanches ont pour thème principal la manière dont la foi peut être continuellement purifiée et renforcée, malgré le péché (la Samaritaine), les ténèbres de l’ignorance (l’Aveugle-né) et la mort (Lazare). Ce sont ces « épreuves » que nous sommes appelés à traverser au cours de notre vie, et où nous découvrons que nous ne sommes pas seuls, parce que Dieu est avec nous. Et ainsi, en suivant Jésus nous recevons l’eau vive qui purifie et vivifie, nous voyons la Lumière et nous découvrons la vraie vie !
Reprenons notre récit de cette rencontre de Jésus. « En ce temps-là, en sortant du Temple : Jésus vit sur son passage un homme aveugle de naissance »
Autrement dit rien n’avait été organisé. Mais pour Jésus et ses disciples missionnaires, tout se passe selon le plan de Dieu pour le salut de l’humanité. Chaque rencontre avec des personnes sera toujours une bonne occasion d’entrer en contact avec elles et de transmettre le message de l’amour de Dieu et de l’Evangile du Christ, dans la situation concrète dans laquelle elles vivent. Ce sera toujours le bon moment.
« Jésus cracha à terre et, avec la salive, il fit de la boue ; puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle » Ce n’est pas le seul récit de ce genre. Rappelez vous le sourd-muet ou un autre aveugle à Bethsaïde. La boue, la terre des origines de l’humanité. L’aveugle-né devient l’image de l’être humain aveuglé par le péché d’Adam ; il passe maintenant par le processus de la nouvelle création avec Jésus pour retrouver la vue que Dieu lui a donnée à l’origine et qui avait été obscurcie par le péché. « Je suis la lumière du monde. » nous dit Jésus avant de réaliser ce miracle
« Va te laver à la piscine de Siloé ». Et nous retrouvons l’eau : l’eau de la source, du puits, de la piscine baptismale, qui nous ouvre à une nouvelle réalité libérée du péché et de la mort. Et l’aveugle va se mettre en route, jusqu’à la piscine d’abord, obéissant à la demande de Jésus. J’ai repensé au général Naaman, lépreux guéri par le prophète Elisée :
« Si le prophète t’avait ordonné quelque chose de difficile, tu l’aurais fait, n’est-ce pas ? “Baigne-toi, et tu seras purifié » (2 R 5, 14)
Et puis il y a ce long interrogatoire, répétitif, par des Pharisiens qui ne veulent pas se réjouir d’une guérison et qui questionnent l’homme et ses parents parce que cela ne cadre pas à leur vision étriquée de la Vie en Dieu. « « Il n’y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir » avait déjà dit le prophète Jérémie (Jr 5:21)
Ce qui est étonnant c’est la déclaration de Jésus vers la fin de l’histoire. Après avoir révélé son identité à l’aveugle-né (qui est guéri), Jésus déclare qu’il est venu dans le monde pour « que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. » (Jn 9,39). Jésus ne souhaite pas aveugler quelqu’un. C’est le constat (à la manière des prophètes) d’une réalité : il y a ceux qui, bien qu’ayant vu, ne “voient” pas Jésus comme le Fils de Dieu au milieu d’eux : ils ne voient pas clairement l’enseignement de Dieu à suivre et leurs propres péchés à abandonner. Les pharisiens « entendirent ces paroles » de Jésus et « lui dirent » avec ironie : « Serions-nous aveugles, nous aussi ? » (Jn 9,40). À cela Jésus répondit sérieusement, car il s’agit effectivement d’une question de vie ou de mort de l’âme : « Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : ‘Nous voyons !’, votre péché demeure » (Jn 9,41).
Nous sommes là devant à un avertissement fort contre le danger d’aveuglement spirituel pour certains qui se vantent de « tout voir », « tout savoir » « tout juger » mais vivent en réalité dans l’obscurité. Cela rappelle une parole de Jésus sur la lumière des yeux : « La lampe du corps, c’est l’œil. Donc, si ton œil est limpide, ton corps tout entier sera dans la lumière ; mais si ton œil est mauvais, ton corps tout entier sera dans les ténèbres. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, comme elles seront grandes, les ténèbres ! » (Mt 6,22-23).
Nous avons besoin de nous dépouiller un peu de l’orgueil pour grandir davantage dans l’humilité devant Dieu et le Christ, nous reconnaissant toujours comme ayant besoin de purification spirituelle.
La Parole de Dieu nous aide : regardons le Psaume 18 : « [Ô Dieu] Qui peut discerner ses erreurs ? Purifie-moi de celles qui m’échappent. Préserve aussi ton serviteur de l’orgueil : qu’il n’ait sur moi aucune emprise. Alors je serai sans reproche, pur d’un grand péché [Aussi ton serviteur en est illuminé ; à garder [ tes paroles], il trouve son profit.] » (Ps 18,13-14).
Par le Baptême nous sommes appelés à une vie nouvelle.
Et je reprends ici l’interpellation de l’évêque aux catéchumènes lors de l’appel décisif qu’ils ont vécus à Nantes il y a quelques jours :
« Voulez-vous être initiés par les sacrements du Christ, le baptême, la confirmation et l'eucharistie ? » Le Baptême n’est pas une fin de parcours ! C’est un nouveau chemin de découverte et d’apprentissage tout au long de notre vie en Dieu.
« Comment tes yeux se sont-ils ouverts ? » Il répondit : « L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, il me l’a appliquée sur les yeux et il m’a dit : ‘Va à Siloé et lave-toi.’ J’y suis donc allé et je me suis lavé ; alors, j’ai vu. »
Ré-écoutons St Paul :« Frères, autrefois, vous étiez ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes lumière ; conduisez-vous comme des enfants de lumière […] Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts [des péchés], et le Christ t’illuminera » (Ep 5,14). Amen.
Philippe ARRIVÉ, diacre permanent
Couvent Notre-Dame de Lumière, Nantes
15 mars 2026
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