Frères et sœurs,
Les lectures de ce dimanche nous placent dans un moment très particulier de l’histoire du salut : nous sommes entre deux temps de clarté, entre la lumière de la Résurrection et la flamme de la Pentecôte. Et ce moment se distingue par une promesse, celle du Christ et sa réalisation, celle des langues de feu qui viendront se poser sur les apôtres à la Pentecôte. C’est donc un temps d’attente, mais aussi d’indécision, un temps de cloisonnement.
De cloisonnement en effet, car l’ambiance au début des Actes des apôtres, est bien différente de celle de la fin de l’Evangile de saint Luc, alors même que l’un est la suite de l’autre. A la toute fin de son Evangile, saint Luc nous décrit des apôtres qui « s’en retournent à Jérusalem pleins de joie, et qui demeurent sans cesse dans le temple à bénir Dieu ». Or, au début des Actes, nous les retrouvons, ces mêmes disciples, cloîtrés à l’étage, pour ne pas être visibles de la rue car ils sont, après tout, les complices d’un condamné à mort pour blasphème. Il s’agit pour eux de faire profil bas. Ils se tiennent tous cloitrés dans la chambre haute - et la voici tout entière, cette fière armée de disciples, incrédules mais unis, indécis mais fidèle à la prière collective.
Nous les voyons revenir à Jérusalem après avoir contemplé le Christ s’élever au ciel. Ils ne comprennent pas tout. Ils portent encore au plus profond d’eux, leurs peurs, leurs blessures, leurs questions, leur désarroi. Pourtant, une chose est sûre : ils restent unis. Entre l’Ascension et la Pentecôte, l’Église naissante, apprend déjà à vivre unie dans la foi.
Saint Luc nous dit : « Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière ». Voilà donc le premier visage de l’Église : non pas une organisation puissante, non pas une institution triomphante, mais une communauté de vie unie, rassemblée dans la prière, dans l’attente de Dieu et de son Esprit-Saint.
La première lecture insiste sur un détail important : les disciples « montèrent dans la chambre haute ». La chambre haute nous rappelle le dernier repas de Jésus avec ses disciples, le lavement des pieds, l’institution de l’Eucharistie mais aussi les apparitions de Jésus ressuscité et bientôt, la venue de l’Esprit Saint à la Pentecôte. Autrement dit, les disciples retournent au lieu de la mémoire de Jésus. Quand ils sont perdus, ils reviennent à la source.
Revenir à la source, frères et sœurs, fait remonter à la surface des souvenirs, heureux ou malheureux, et nous confronte à nos échecs autant qu’à nos réussites. Revenir à la source, nous permet de prendre conscience du décalage, en nous, entre les commandements de Dieu et les petits accommodements de la vie …
C’est une leçon spirituelle profonde pour chacun d’entre nous. Quand notre foi devient confuse, quand nous traversons l’épreuve, quand nous ne savons plus quelle direction prendre, il faut revenir à la chambre haute, à la chambre haute de notre fort intérieur : revenir à la prière, revenir à la Parole de Dieu, revenir à l’Eucharistie, revenir à la communion fraternelle.
Le monde moderne pousse souvent à l’agitation permanente. On croit résoudre nos crises par davantage de technique, de planification, de règles, davantage de procédures, davantage de contrôle sur la vie des gens. Mais ces hommes et ces femmes de la chambre haute, nous montrent un autre chemin : attendre Dieu, ensemble, en confiance et avec foi.
Nous sommes ces hommes et ces femmes énumérés dans la première lecture, ces hommes et ces femmes qui ne sont pas vraiment des super héros : rappelons-nous que Pierre a renié 3 fois Jésus ; Thomas a douté ; Jacques et Jean lorgnaient les premières places ; Marie-Madeleine n’était pas en odeur de sainteté et tous ou presque ont fui au moment de la Passion. Et pourtant, ce sont eux que Dieu choisit.
L’Église, frères et sœurs, commence avec des pauvres, des fragiles, des pécheurs pardonnés. Cela signifie que la sainteté de l’Église ne vient pas de la perfection humaine, mais de la présence du Christ ressuscité et des manifestations de L’Esprit-Saint.
C’est une immense espérance pour nous. Dieu n’attend pas que nous soyons parfaits pour agir en nous. Il demande seulement des cœurs disponibles. Il demande seulement que nous ayons la foi.
La foi ne signifie pas toujours ressentir, comprendre ou voir. Elle signifie avancer, même à tâtons, dans la confiance que Dieu est fidèle et avec la certitude que le Christ ne nous abandonne jamais, même quand notre cœur chancelle.
Pour le comprendre, il faut regarder Marie … Saint Luc souligne sa présence parmi les disciples dans la chambre haute. Elle est là discrète, mais toujours fidèle, mère blessée au pied de la croix, mais déjà Reine du Ciel et de la terre, déjà mère de l’Eglise. Elle ne prend pas la première place, elle ne parle pas, mais elle prie avec les disciples, elle est un modèle de douceur et d’humilité, de foi et de charité. Elle connaît mieux que quiconque l’action de l’Esprit Saint : c’est en effet l’Esprit qui a couvert Marie de son ombre à l’Annonciation.
Marie nous enseigne comment attendre Dieu dans la confiance, dans l’abandon, dans l’humilité et la persévérance.
Comme les autres membres de l’assemblée présentée par saint Luc, elle attend la venue de l’Esprit Saint. Elle sait que se donner dans la poursuite de la mission d’évangélisation entraînera souvent souffrance et persécution. Mais elle sait aussi que cette mission implique de se faire comme Jésus, serviteur de l’humanité, et de faire connaître et partager le bonheur de donner et de se donner, qui est le bonheur de Dieu lui-même.
C’est ce que l’apôtre Pierre nous propose dans la 2ème lecture de ce dimanche. Pierre nous invite à vaincre la peur et la honte. Il nous enseigne que le chrétien ne doit pas avoir honte de souffrir pour le Christ. En demeurant fidèle, avec une conscience droite et pure, il participe déjà à la gloire du Ressuscité, car l’Esprit de Dieu repose sur lui. Il se souvient que la mort de Jésus, le mépris et la dérision dont le Seigneur avait été victime, les avaient tous pétrifiés, anéantis. Mais il se souvient aussi de son propre cheminement et le dépassement de sa crainte et de sa honte. Il se souvient de ses larmes après son reniement. Il nous invite aujourd’hui à être fiers d’être reconnus comme disciples du Christ, en faisant le bien, en nous offrant et en ouvrant notre cœur, pour que l’esprit consolateur rejoigne toute être de chair. Il nous dit surtout : lorsque vous souffrez pour le bien, vous êtes proches du Christ. La souffrance vécue dans l’amour ne détruit pas forcément, frères et sœurs ; elle peut devenir lieu de communion avec Jésus.
C’est pour cela que Jésus s’adresse à son Père, afin que le Père garde ses disciples dans la communion divine. Il sait, qu’après son départ, ils vont être éprouvés, dispersés, fragilisés, martyrisés. Mais il sait aussi qu’ils auront à continuer la mission au cœur du monde, afin que la gloire de Dieu soit manifestée en toute chose.
Désormais ce sont ces disciples, c’est-à-dire nous frères et sœurs, qu’il appelle à être présents dans le monde, à faire signe de Lui, à rendre témoignage de Lui, par la Parole et les comportements qui ont été les siens, au milieu de tous et particulièrement des pécheurs, des rejetés, des pauvres et des malades.
Dans l’Évangile selon saint Jean, Jésus lève les yeux au ciel et dit : « Père, l’heure est venue. Glorifie ton Fils ». L’heure, frères et sœurs, désigne la Passion, la Croix, la mort et la Résurrection. Et c’est ici quelque chose de bouleversant : pour Jésus, la gloire passe par le don de soi.
Le monde associe souvent la gloire au pouvoir, au succès, à la domination, à la visibilité, alors que la gloire de Dieu se manifeste dans l’amour qui se donne jusqu’au bout.
La gloire de Dieu, frères et sœurs, c’est l’humanité debout ! C’est ce qui permet aux hommes et aux femmes de tout temps, d’accomplir ce qui leur est impossible à faire à cause de leur nature pécheresse : aimer, pardonner, s’abandonner, garder espoir, tout en restant fidèle, malgré toutes les épreuves de la vie.
Nous sommes ces hommes et à ces femmes. Nous vivons souvent entre deux moments : entre promesse et révolte ; entre foi et incompréhension ; entre espérance et fatigue. Lorsque les épreuves de la vie nous accablent, nous attendons parfois : une lumière, une guérison, ou tout simplement une réponse, une paix intérieure.
Le danger serait de céder au découragement ou à l’agitation. Les disciples nous montrent une autre attitude, celle de rester ensemble, de persévérer dans la prière et de faire confiance à Dieu même quand tout n’est pas encore compréhensible.
L’Esprit Saint, frères et sœurs, agit dans les cœurs qui savent attendre, en confiance. Ouvrons-lui alors nos cœurs et demandons-lui, dès à présent, la grâce d’être fidèles dans l’attente, d’être persévérants dans la prière, d’être artisans d’unité et enfin de vivre de la vie éternelle en laisser le Christ vivre en nous.
Ainsi soit-il.
Patrick CHAHLA, diacre
paroisse
Sainte-Marie du Val de Sèvre (Clisson, 44)
17
mai 2026