Frères et sœurs,
Depuis deux semaines déjà, l'évangile du dimanche nous fait entendre le célèbre Sermon de Jésus sur la montagne.
Jésus avait commencé son discours par les Béatitudes, un appel au Bonheur, puis dimanche dernier il nous invitait à être sel de la terre et lumière du monde...
Aujourd'hui Jésus revient sur la loi qui a été transmise par Dieu aux anciens. Il nous invite à un dépassement, à aller plus loin encore par rapport à cette loi ... Pour Lui, il n’est pas question d’abolir le passé, ni de le conserver tel quel. Il faut lui donner une Vie Nouvelle, dans une sorte d’accomplissement, d’achèvement. « On vous a dit ... Eh bien moi je vous dis ... » Oui, aujourd'hui le Seigneur nous pousse à aller plus en profondeur dans nos relations avec les autres ... « La loi te dit ... Tu ne tueras pas... Eh bien moi je te dis ... tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement ... ».
Notre première réaction, en entendant les paroles de Jésus, c'est de se dire : « C'est quand même excessif ... déjà vivre ce que demande la loi n'est pas si simple, et voilà que Jésus en rajoute une couche ... »
Surpasser les scribes et les pharisiens par exemple, est-ce donc possible lorsqu’on sait que ces religieux juifs s’étaient donnés comme but d’être les meilleurs, par un respect strict et rigoureux de la loi. Ils étaient les plus pieux, les plus fervents. Sur ce plan, personne n’était plus zélé qu’eux dans l’observance minutieuse des commandements. Alors, Jésus pense-t-il vraiment qu’il est possible d’aller encore plus loin qu’eux ?
Un peu plus loin dans son Sermon, Jésus condamne la seule colère, lorsque la loi de Moïse condamne le meurtre ; Jésus condamne le seul désir, là où la loi condamne l’adultère ! Jésus ne retire pas les exigences des commandements anciens, mais bien plus, il les aggrave en les portant à leur paroxysme.
Puis comme si cela ne suffit pas, il continue en évoquant la possibilité de s’arracher un œil ou de se couper une main…
À travers ces quelques exemples que Jésus prend pour exprimer ce qu’il apporte de nouveau, nous découvrons, en premier lieu, qu’il était courant dans la culture juive d’employer des hyperboles, c’est-à-dire de parler en exagérant les choses. Et à ce sujet, l’Evangile de Matthieu est l’Evangile le plus marqué par la culture juive, il emploie donc souvent ce procédé littéraire de l’hyperbole. S’arracher un œil ou se couper une main relève ici de l’exagération propre à l’hyperbole. C’est juste une manière de donner plus de force à ce que l’on affirme.
Nous découvrons ensuite et surtout que Jésus invite ses disciples (nous invite tous) à entrer dans un cheminement différent. Il ne s’agit plus simplement d’obéir aux commandements de Dieu (qui restent valides et qui doivent être suivis), mais il s’agit d’aller au plus profond de notre cœur. Il ne s’agit plus simplement d’une obéissance extérieure nous permettant de nous ranger parmi les justes (ou parmi les injustes d’ailleurs), mais il s’agit d’une obéissance intérieure, c’est-à-dire de la communion du cœur avec Celui qui nous appelle et auquel nous essayons de répondre.
Jésus ne veut pas, au fond, nous offrir des commandements en poussant encore plus loin les interdits de la loi, mais nous invite au dépassement de soi, il nous met en garde contre une observance formelle de la loi qui n'implique pas le cœur... Car il s'agit bien du cœur frères et sœurs ... Il nous avait dit que c'est du dedans du cœur que naissent les pensées mauvaises, l'envie et la convoitise ; C'est du dedans du cœur que naissent les pensées mauvaises de voler les biens d'autrui, c'est encore dans le cœur de l'homme que naissent jalousies, envies, disputes et tromperies ...
Le Seigneur, nous met vraiment en garde. Si la loi n'est pas enracinée dans le cœur, dans nos cœurs purifiés, alors la loi devient un carcan d’oppression. Jésus ne vient pas supprimer la loi vous l’avez compris, mais l’emmener jusqu’à sa plénitude, en déplaçant l’attention de l’extérieur vers le cœur.
Frères et sœurs, la loi biblique exprime en fait une orientation (ça n’a rien à voir avec le Code de la route par exemple où justement tout est codifié). Elle indique le chemin qui conduit à Dieu-Amour, le chemin qui conduit au bonheur (comme dans les Béatitudes). La loi biblique, c’est le balisage d’une route sur laquelle je peux m’aventurer en toute confiance. C’est le doigt du sage qui indique la direction, mais, comme dit un proverbe chinois, le stupide regarde le doigt ! Il s’arrête à la loi, il en fait le but de sa vie alors que la loi joue un rôle de tuteur.
Alors frères et sœurs, aujourd’hui, Jésus nous invite à regarder le sens de la loi et la lumière qu’elle indique : et la loi, c’est aimer Dieu de tout son cœur, c’est aimer son prochain comme soimême.
Cette loi divine ne peut être comprise et observée que lorsque je choisis prioritairement d’aimer envers et contre tout.
Lorsque j’aime vraiment, j’accomplis, j’observe automatiquement la loi divine. Rien n’est plus exigeant que l’amour. Rien n’est plus difficile qu’aimer en vérité, parce qu’à ce niveau, je ne suis jamais tout à fait en règle, contrairement aux commandements de la religion juive.
Lorsque Jésus reprend le commandement « Tu ne tueras pas » et le radicalise en s’attaquant à la colère, à l’insulte, au mépris du frère, il montre que l’on peut « tuer » quelqu’un par les paroles qui humilient, qui excluent ou qui enferment l’autre dans une étiquette. Pour Jésus, le vrai culte à Dieu passe d’abord par l’amour du prochain, par la réconciliation : mieux vaut laisser son offrande à l’autel et aller se réconcilier, que prier en gardant la rupture dans le cœur.
Et en parlant de l’adultère, Jésus ne se contente pas de condamner l’acte extérieur : il va jusqu’au regard qui utilise l’autre comme objet de désir. Il ne condamne pas la beauté ni l’attirance, mais le mouvement intérieur qui réduit l’autre à une chose que je prends pour moi. Les images fortes de l’œil à arracher ou de la main à couper indiquent le sérieux du combat spirituel, non pas à prendre au sens matériel, mais comme un appel à couper ce qui nous éloigne vraiment de l’amour de Dieu et des autres.
La loi d’amour n’est pas une loi tatillonne qui paralyse frères et sœurs, bien au contraire, c’est une loi qui nous invite à sortir de nous-mêmes. Elle est un point de départ et tout le chemin reste à faire. C’est à nous de l’inventer. Jésus a ouvert une voie. Il s’est engagé lui-même en toute liberté. Il a montré que cette loi est une loi d’amour et en amour, on est toujours en reste, rien n’est jamais fini.
C’est donc le moment de construire une feuille de route car nous entrons bientôt en carême. Comme chaque année, nous sommes invités à la conversion. Se convertir, c’est changer. Il s’agit de nous laisser éclairer sur ce qui doit changer en nous, changer dans notre manière de vivre, de nous comporter, de parler, ce qui doit changer dans nos relations pour vivre en plus grande conformité avec la Parole de Dieu, dans une plus grande charité.
Il s’agit de laisser entrer Jésus dans nos vies qui nous rappelle que tant que je ne vois pas Dieu à travers mon prochain, c’est qu’il y a encore du chemin à accomplir, c’est qu’il y a encore beaucoup de iota et de petites choses que Jésus veut absolument que nous modifions en nous. La justice que Jésus demande n’est pas d’abord une somme de règles, mais une vie transformée par la grâce, qui apprend peu à peu à aimer « en vérité » dans les gestes, les pensées et les paroles.
Jésus nous dit qu’un seul iota, un seul petit acte d’amour que je peux poser aujourd’hui et à tout moment, suffit pour accomplir la loi de Dieu et entrer dans sa plénitude. Quelle bonne nouvelle frères et sœurs, si l’on y croit, car tout dépend de notre choix de rester fidèle ou pas.
Que notre vie tout entière repose sur la foi, l’amour et la confiance en Dieu. Une vie remplie d’amour pour tous ceux et celles qui nous entourent, de près et de loin. C’est à cela que nous serons jugés.
Nous sommes dès lors invités à nous ouvrir à Dieu, en priant souvent, en aimant beaucoup, en recevant le sacrement du pardon et en participant à l’Eucharistie. Si nous nous engageons sur ce chemin de conversion, Dieu nous purifiera ; alors nous serons ces cœurs purs qui voient Dieu. Et à partir de là, Dieu sera en nous et nous en Lui.
Ainsi soit-il !
Patrick CHAHLA, diacre permanent
Clisson (44) paroisse Sainte Marie du Val de Sèvre
15
février 2026
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