Frères et sœurs,
En ces 5ème et 6ème dimanches de Pâques, le livre des Actes des Apôtres nous donne à voir une Église en mouvement, inventive, traversée par l’Esprit. Une Église qui grandit si vite qu’elle doit apprendre à s’organiser autrement pour que personne ne soit oublié.
C’est ainsi que naît le ministère des sept, appelés pour servir à table et veiller à la justice fraternelle. Mais très vite, ces hommes se révèlent bien plus que des gestionnaires : ils deviennent des témoins. Le diacre Étienne annonce avec force, Philippe évangélise en Samarie, et partout où ils passent, la Parole se fraie un chemin. Ce double mouvement — servir et annoncer — demeure au cœur du diaconat. Les Actes nous rappellent que l’Église ne peut croître que si elle garde ensemble ces deux pôles : l’attention concrète aux plus fragiles et la joie de proclamer l’Évangile. Quand l’un manque, la communauté s’étiole ; quand les deux s’unissent, le service ouvre à la mission….
Le diacre est précisément ce signe vivant d’une Église qui se penche et qui se relève, qui nourrit et qui envoie, qui console et qui ouvre des chemins nouveaux.
Dans le prolongement du thème des vocations, illustré dimanche dernier par Jérôme dans son témoignage de prêtre, la lecture de ce jour me donne l’opportunité de parler du chemin diaconal et des missions d’un diacre d’aujourd’hui, qui ne sont plus tout à fait les mêmes que celles des premières communautés. Le Père Soubrier, Evêque de notre diocèse qui m’a ordonné il y a près de 20 ans, disait de manière humoristique : « Le diacre permanent, c’est une espèce en voie d’identification ». Aujourd’hui encore, nos communautés ont besoin de cette présence discrète et solide. Des hommes enracinés dans la prière, insérés dans la vie familiale et professionnelle, capables de rejoindre les périphéries où la Parole attend d’être portée. Le diaconat permanent n’est pas un supplément de structure : c’est un souffle missionnaire. Il rappelle que l’Évangile se dit autant par les mains que par les lèvres, autant dans les gestes de charité que dans l’annonce explicite du Christ. En 2026, nous sommes près de 80 sur notre diocèse et une dizaine d’hommes et leurs épouses sont en chemin ; l’Eglise de France en compte près de 2900.
Même si le diaconat permanent a une certaine visibilité dans notre paroisse, permettez-moi de vous livrer, en toute modestie, mon témoignage personnel, non pas comme un cheminement modèle, car le seul modèle qui vaille c’est Jésus - le Christ - posant un regard bienveillant sur tous ceux et celles qu’il rencontre, quelle que soit leur situation.
À la suite du Christ-Serviteur, je m’efforce d’être présence d’Église auprès de mes prochains, quels qu’ils soient, mais particulièrement auprès de ceux qui peinent au bord du chemin : blessés par une maladie, un deuil, une crise familiale, une fragilité sociale / économique / psychologique, la solitude, le déracinement, la pauvreté, etc…. Mais présent aussi à leurs instants de bonheur, à leurs joies et à leurs fêtes qui sont bien réels même s’ils ne s’expriment pas toujours comme les nôtres… Cette présence doit être accompagnée d’actes, comme nous y invite l’évangile ; il s’agit de mettre le tablier du serviteur (comme le rappelle mon étole portée en travers), d’initier des actes de fraternité, d’organiser des actions de solidarité et aussi de solliciter l’engagement d’autres personnes, dont vous faites partie !
C’est aussi dans la prière, auprès de vous dans nos rencontres communautaires, mais également au sein du Secours Catholique (que notre Evêque m’a confié d’accompagner comme aumônier diocésain), que je trouve l’énergie nécessaire : pour rencontrer les oubliés de notre société, pour encourager les bénévoles qui les accompagnent, prendre parti contre les injustices, m’indigner contre les discriminations ; pour accueillir, dans le respect, sans juger, ceux et celles qui cherchent un sens à leur vie ou seulement à retrouver la dignité ; pour prendre le temps d’écouter les « petits », les exclus…
La question qui est souvent posée aux diacres c’est : « Que peut ‘faire’ un diacre ? ». La partie visible de son ministère, c’est lorsqu’il baptise, qu’il recueille les consentements lors d’un mariage, qu’il préside des obsèques ou qu’il assiste le prêtre durant l’eucharistie.
Mais au-delà du ‘faire’, intéressons-nous au sens : par essence, le ministère diaconal se caractérise par le service (diacre vient du grec diakonos – serviteur) et ce service se déploie dans trois dimensions : la Parole, la liturgie et la charité.
Tout d’abord, le service de la Parole : les diacres permanents sont appelés à proclamer la Parole de Dieu, à la commenter comme je le fais aujourd’hui pour chercher à éclairer, à la lumière de cette Parole, le vécu de chacun(e) de vous qui m’écoutez, mais aussi à la faire découvrir à ceux et celles qui ne la connaisse pas. D’ailleurs, lors de l’ordination, quand l’Evêque remet à un nouveau diacre le livre des Evangiles, il prononce ces mots inoubliables : « Recevez l’Evangile du Christ que vous avez la mission d’annoncer. Soyez attentif à croire à la Parole que vous lirez, à enseigner ce que vous aurez cru, à vivre ce que vous aurez enseigné. » Ainsi, quand je m’incline devant le célébrant avant d’aller proclamer l’Evangile, c’est bien pour signifier que je suis envoyé au service de la Parole.
Ensuite, le service de la liturgie : à la table de l’eucharistie (en tenue de service, un peu en retrait du prêtre) je ne suis pas là comme un figurant, (une « potiche » comme pourraient plaisanter certains) ; il revient en effet au diacre de lire l’Evangile, de préparer la table avant la présentation des offrandes, d’inviter au geste de paix et d’envoyer à la fin de la célébration toute l’assemblée vers le monde pour le service des frères (ce dont il n’a pas l’exclusivité) ! Et c’est aussi là que je confie à Dieu toutes les souffrances, tourments et inquiétudes qui m’ont été partagés lors de mes rencontres. Car lorsqu’un diacre est présent à l'autel, face à vous, il signifie que l'eucharistie que nous partageons ne se vit pas exclusivement dans l’entre-soi des présents à cette messe ! Au contraire, il est le signe bien visible d'une communauté qui se soucie des invisibles, de ceux qui ne sont pas là : parce qu’ils ne peuvent pas venir (malades, prisonniers, immigrés) ; parce qu’ils n'osent pas franchir la porte (le SDF, le jeune en rupture, la personne qui mendie à la porte de l'église ou le si pauvre trop occupé à survivre) ou encore tous ceux et celles qui pensent ne pas avoir leur place ici ! Notre communion ne peut pas être pleine sans eux, et l’humble présence du diacre le souligne.
Enfin le service de la charité, celui du service des plus pauvres : être visage de la tendresse de Dieu auprès de mes sœurs et frères en humanité croisés sur les chemins, à l’écoute de leurs tourments ou de leurs joies, et ceci malgré ma propre fragilité et mes faiblesses. La grâce reçue à l’ordination m’y aide beaucoup ! Et, en symbiose avec ma famille, c’est aussi là qu’est mon bonheur de vivre !
Mais, assez parlé de moi et des diacres ! Car, les chemins ne manquent pas pour nous mettre au service de Dieu et de nos prochains ; chacun(e) est appelé à servir, selon ses talents, ses charismes, ses compétences, ses capacités. Or frères er sœurs, vous aussi vous suivez un chemin de service et d’évangile, aussi utile et important que celui des diacres ! Chacun(e) à sa manière, dans un service d’Église, aussi humble soit-il, au service de la catéchèse, dans des œuvres de charité ou comme visiteur de malade, par exemple. « Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes… » nous dit Jésus. Oui, votre engagement et votre témoignage de chrétien laïc est aussi précieux que celui des ministres ordonnés ; notre bulletin paroissial nous en donne régulièrement des exemples (cf. la dernière page).
Alors frères er sœurs, conscients de nos fragilités, de nos insuffisances, de nos doutes, de nos préjugés, en relisant ces pages des Actes des Apôtres, peut-être certain(e)s entendront-ils une invitation intérieure ? Non pas un appel tonitruant, mais une question qui s’installe : « Et si c’était pour toi ? » L’Église a besoin de serviteurs disponibles pour la mission là où la vie les a plantés. Prions pour que l’Esprit-Saint continue de susciter des vocations : comme baptisé, comme diacre, comme prêtre, dans la vie consacrée… et pour que ceux et celles qui se sentent appelés trouvent la confiance d’oser le chemin du discernement et mettent leurs pas sur ce chemin, leur cœur et leur foi en Celui qui est « le Chemin, la Vérité et la Vie ».
Amen
Patrick JAVANAUD, diacre
Paroisse Saint-Matthieu-sur-Loire (44)
3 mai 2026