« Que votre lumière brille ! »
C’est le titre de l’affiche qui présente, pour cette année, le dimanche de la santé.
Comme il a été dit, ce dimanche est l’occasion de mettre en avant, de valoriser, de remercier et d’encourager toutes les personnes qui soignent, qui assistent, qui accompagnent les personnes malades, souffrantes ou handicapées.
Et justement, que nous disent les textes de la liturgie d’aujourd’hui ? Ils nous parlent de l’action de ceux qui suivent la volonté de Dieu, et ils nous disent que ces personnes sont une lumière pour tous. « Que votre lumière brille ! ».
Ainsi, dans la première lecture, tirée du livre du prophète Isaïe :
« Partage ton pain avec celui qui a faim,
accueille chez toi les pauvres sans abri
couvre celui que tu verras sans vêtement,
[…] alors ta lumière se lèvera dans les ténèbres
et ton obscurité sera lumière de midi. »
C’est ce passage d’Isaïe qui a inspiré ce chant de Michel Scouarnec, mis en musique par Jo Akepsimas :
« si tu partages le pain que Dieu te donne,
avec celui qui est ta propre chair
La nuit de ton amour sera lumière de midi »
Cette chanson a connu beaucoup de succès dans nos églises dans les années ’70 et ‘80. Beaucoup y voyaient un concentré de toute la morale chrétienne de cette époque. Les nombreux mouvements d’action catholique, chacun dans son domaine, se sont alors efforcés de mettre en pratique, à la lettre, ces mots du prophète Isaïe.
Ils étaient d’ailleurs confortés dans cette dynamique, ces mouvements d’action catholique, par les paroles de Saint Paul dans sa lettre aux Corinthiens — c’était notre deuxième lecture :
« Mon langage, ma proclamation de l’Évangile, n’avaient rien d’un langage de sagesse qui veut convaincre ; mais c’est l’Esprit et sa puissance qui se manifestaient, pour que votre foi repose, non pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu. »
Ce passage nous dit que le langage de l’évangélisation, de la révélation de l’amour de Dieu, ne passe pas forcément et pas seulement par le discours oral, qui fait appel à l’intelligence, à la compréhension de ses auditeurs. Ce langage de la révélation de l’amour de Dieu s’exprime aussi dans les actes. A condition que ces actes soient capables de révéler, par eux-mêmes, la puissance de Dieu. On appelle ça la charité. C’est pourquoi toute action concrète qui vise à relever l’homme, à honorer sa dignité, est légitime aux yeux de Dieu. C’était ça, le moteur de l’Action Catholique.
Aujourd’hui, ces mouvements existent toujours, mais ils ont perdu de leur vigueur et sont beaucoup moins visibles dans le paysage. Ça ne veut pas dire que les chrétiens se désintéressent de l’action concrète, de la charité. Mais ils la vivent de manière peut-être plus discrète, souvent plus individuelle aussi.
C’est le cas des soignants, que nous honorons aujourd’hui. Ces personnes, et il y en a beaucoup parmi nous, (ce soir - ce matin), dans cette église, sont des acteurs de la puissance de Dieu. Qu’ils soient eux-mêmes croyants ou non. Parce que les chrétiens n’ont pas le monopole de la générosité, du sens du service. La joie de prendre soin de l’autre, de secourir, de venir en aide, de soigner, n’est pas une propriété exclusive du chrétien, heureusement. Et la puissance de Dieu peut se manifester même à travers l’action de personnes qui ne partagent pas notre foi.
« Lumière des cœurs droits, il s’est levé dans les ténèbres, homme de justice, de tendresse et de pitié. » nous dit le psaume 111. Justice, tendresse et pitié, ce sont des attributs de Dieu lui-même dans la Bible : Dieu est justice, Dieu est tendresse, Dieu est pitié. L’ « homme de justice, de tendresse et de pitié », c’est donc celui qui révèle Dieu, qui donne Dieu à voir par ses actions concrètes. Même sans être lui-même croyant. A plus forte raison, si nous sommes croyants, nous devons mettre en pratique l’Évangile en nous faisant serviteurs de nos frères et soeurs en humanité. Le soin apporté aux personnes fragiles est un acte de justice, de tendresse et de pitié. « Que votre lumière brille ! »
« Toujours, on fera mémoire du juste » poursuit le psaume. Le juste, c’est celui dont les actes sont ajustés au projet de Dieu sur l’humanité. Il n’est pas question de ce qu’il pense, de ce qu’il croit, ni même de ce qu’il dit. C’est pourquoi, toute personne qui prend soin de son prochain est regardée comme juste, parce qu’elle permet à la puissance de Dieu de se manifester.
Et dans l’évangile, Jésus va même encore plus loin : « Vous êtes le sel de la terre ; vous êtes la lumière du monde ». Il s’adresse à ses disciples, ceux qui le suivent et qui auront pour mission de l’imiter. Ils ne sont pas Dieu, on voit bien leurs limites, leurs faiblesses et leur manque d’intelligence parfois, tout au long de l’Évangile ; mais par leur volonté de suivre leur maître Jésus, par leur volonté de l’imiter et soutenus par sa grâce sans laquelle ils ne pourraient pas grand-chose, ils contribuent à faire connaître au monde la puissance de Dieu. « Que votre lumière brille ! »
En attribuant à ses disciples les fonctions de sel de la terre et de lumière du monde, Jésus nous fait comprendre, à nous ses disciples d’aujourd’hui, que notre mission de baptisé, c’est une mission de révélateur. Le sel et la lumière sont des révélateurs, et seulement des révélateurs. Ils mettent en valeur ce qui est bon et ce qui est beau, mais qui existe déjà. Le sel n’a pas d’intérêt pour lui-même, mais pour valoriser le goût des bons plats dans lesquels on l’incorpore. La lumière n’a pour fonction que d’éclairer les choses pour les rendre visibles à nos yeux.
Nous, sel de la terre, notre mission de baptisé, c’est de révéler aux hommes la saveur de la vie.
Nous, lumière du monde, notre mission de baptisé c’est de mettre en valeur la beauté du monde.
Angèle et Thimothée, en faisant baptiser Jacques, votre enfant, vous le faites entrer dans la famille de ceux qui suivent Jésus, ceux qui écoutent sa parole et qui essaient de la mettre en pratique. À sa suite, il aura lui aussi pour mission d’être sel de la terre et lumière du monde. Et c’est à vous, ses parents, son parrain et sa marraine, de lui faire découvrir cette mission. C’est une lourde responsabilité. Comme est lourde aussi notre responsabilité, à chacun de nous dans cette église. Parce que « vous êtes la lumière du monde », ce n’est pas un compliment que Jésus nous fait ! C’est un rappel de cette responsabilité que nous avons tous, vis-à-vis de toute l’humanité vers laquelle nous sommes tous envoyés.
Professionnels de santé, aidant familiaux, visiteurs de personnes seules, bénévoles auprès des nécessiteux, « Que votre lumière brille ! » Car votre lumière, c’est la lumière de Dieu
Amen !
Daniel BICHET, diacre permanent
Paroisse Ste Marie du Val de Sèvre
Gétigné et Clisson (44)
Le 8 février 2026