Ac
2, 14a.36-41Ps 22
(23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 1 P
2, 20b-25 ; Jn 10, 1-10
Comment Jésus peut-il être à la fois le berger des brebis… et la porte de la bergerie ?
Comment comprendre cette parabole, cette double parabole ?
Qu’est-ce que ça nous dit de Jésus, et pour notre vie de foi ?
Ce passage d’Evangile de St Jean suit directement la polémique qui a divisé les pharisiens à propos de la guérison de l’aveugle de naissance un jour de Sabbat (nous l’avons entendu pendant le temps du Carême- au 4ème dimanche). La question était de savoir si Jésus est le Messie annoncé, ou un pécheur ?
Ici, juste après cette polémique, l’Evangéliste va donc insister sur l’identité de Jésus, et sur le sens et de sa mission, avec une image familière à ses contemporains : l’image du Berger pour parler de Dieu est courante dans toute la Bible.
Dans la civilisation pastorale de cette époque, plusieurs bergers pouvaient partager un même enclos, entouré d’un muret ; les brebis y étaient abritées la nuit, sous la protection d’un gardien. Une porte unique permettait d’y entrer et d’en sortir. Le berger s’y tenait le matin pour appeler ses brebis et pour les guider à l’extérieur. A l’écoute de la voix familière qu’elles reconnaissent, seules ses propres brebis répondent à son appel, passent la porte, et le suivent en toute confiance vers le pâturage où elles trouveront la nourriture abondante, nécessaire à leur vie.
Par cette double parabole qu’il adresse solennellement aux Pharisiens et à ses disciples (« amen, amen, je vous le dis », et je vous le redis), Jésus révèle qu’il est la parole vivante, le Verbe de Dieu, et le berger des hommes. Il n’est pas un Dieu lointain, il est le Pasteur prévenant, qui appelle, qui guide et qui rassure. Et il est aussi le chemin de vérité, qui mène au pâturage de la vie.
Le Pape François a repris cette image du Berger, en conseillant aux pasteurs de prendre, comme Jésus : « l’odeur des brebis », la proximité.
Pour leur part, les brebis-disciples trouvent auprès du berger, à la fois la Sécurité dont elles ont besoin, et la Liberté, dont elles ont besoin également :
- la sécurité de l’enclos, c’est la Parole de Dieu et l’enseignement de Jésus, sur lesquels on peut s’appuyer, et qui sont les bases de la foi.
- Mais le berger n’enferme pas ses brebis dans l’enclos : il les appelle à sortir, pour qu’elles aient la vie en abondance : « Le Seigneur est mon berger, je ne crains aucun mal (…) grâce et bonheur m’accompagnent tous les jours de ma vie » (Ps 22).
Voilà pour les 2 images le berger et la porte de la bergerie
Qu’est-ce que ça nous dit de Jésus ?
Cette relation d’intimité et de confiance entre le berger et les brebis est au cœur de la foi chrétienne. Parce que le commandement de l’amour que propose Jésus n’enferme pas dans une obéissance craintive, contrairement aux commandements de la Loi que voulaient imposer « tous ceux qui sont venus avant » pour détourner ou détruire la liberté des hommes.
Jésus est la porte de la bergerie : Ça veut dire que l’accès à la vie avec Dieu passe par Jésus. Entrer dans la foi, c’est entrer dans une relation vivante avec le Christ, en apprenant à le connaitre, en écoutant sa parole chaque jour.
Et Jésus n’est pas seulement la porte : il est aussi le bon berger. Celui qui nous fait entrer dans sa bergerie est aussi celui qui nous en fait sortir, et qui marche devant nous, dans le monde. Depuis notre baptême, il connaît chacun de nous par son nom. Nous ne sommes pas un troupeau anonyme : il veille sur les plus fragiles, et il cherche les brebis perdues.
Il connait chacun par son nom : pouvons-nous en dire autant avec tous ceux qui nous entourent, dans notre bergerie paroissiale ?
Les images du berger et de la porte se complètent donc, et elles nous disent que la foi en Jésus est une relation de confiance, et aussi le chemin de toute la vie. Si Jésus est la porte et le berger, cela signifie que nous ne sommes pas laissés seuls après avoir franchi le pas de la foi. Le Christ continue de nous guider, jour après jour. Pour nous, le pâturage, la Vie éternelle, c’est connaitre Dieu, comme nous sommes connus de lui.
Ça veut dire quoi pour notre vie ?
La vie éternelle, ce n’est pas une récompense pour plus tard, si nous avons été bien sages ; mais c’est trouver le bonheur, dès ici et maintenant, en vivant comme Jésus a vécu lui-même : en pratiquant le pardon, la miséricorde, le soutien des plus fragiles, les œuvres de charité.
Et, puisque nous sommes dans le Temps pascal, le texte s’éclaire à la lumière de la résurrection du Christ. Je comprends que le pasteur est aussi le passeur.
Jésus est le passeur vers son Père et notre Père, il nous précède : « Je suis venu pour que les brebis aient la vie, et qu’elles l’aient en abondance ».
Si j’élargis le regard, je crois que l’étroite porte de la parabole préfigure les larges portes du Royaume qui sont ouvertes à tous les hommes.
Cela veut dire que nous sommes le germe d’un immense pâturage, qui est celui de la charité et de la miséricorde, un pâturage donné gratuitement par Dieu pour tous les hommes.
Nous ne pouvons pas le garder pour nous seuls.
Alors, lorsque nous sortirons part la porte de cette bergerie – de cette église – tout à l’heure, à la fin de la messe, ce sera à nous d’aller vers les brebis de notre entourage, vers tous ceux que nous connaissons et que nous appelons par leur nom : la messe continue après la messe !
PRIERE
Seigneur, tu appelles inlassablement chacun de nous par notre nom
Tu veux nous conduire vers ton Père.
Tu veux qu’il devienne aussi notre Père. Nous avons besoin d’entendre ta Parole pour nous mettre en route.
En ce dimanche des vocations, regarde ton peuple. Veille sur tes pasteurs d’aujourd’hui, et sur ceux qui viendront demain et mène-nous tous, dans la confiance, vers le pâturage de la Vie en Dieu !
Amen
Emmanuel MÉRIAUX, diacre
Paroisse St Louis de Montfort (44)
26 avril 2026