Ac
2, 14a.36-41Ps 22
(23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 1 P
2, 20b-25 ; Jn 10, 1-10
Tous les ans, le quatrième dimanche de Pâques est consacré à la prière pour les vocations, et particulièrement pour les vocations sacerdotales, afin de prier le Seigneur de donner des prêtres à son Église, des pasteurs à son troupeau. On appelle ce dimanche le « dimanche du bon pasteur ». C’est pourquoi les textes liturgiques de ce jour font référence à ce bon pasteur, ce bon berger qui doit conduire son peuple vers la demeure éternelle du Père.
C’est donc tout naturellement que ces textes donnent la parole au tout premier pasteur de l’Église, que Jésus lui-même a désigné comme pasteur : Saint Pierre. Il lui a dit par trois fois, après sa résurrection : « sois le berger de mes brebis »; « fais paître mes brebis ». Saint Pierre, nous l’avons entendu, dans la première lecture, tirée du livre des Actes des Apôtres, exhorter le peuple à se convertir et à se faire baptiser. Et ça a bien marché, puisqu’environ trois mille personnes ont été baptisées ce jour-là !
Ensuite, après avoir chanté le psaume 22 « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien », nous avons à nouveau entendu le même Saint Pierre nous dire dans la deuxième lecture : « vous étiez errants comme des brebis ; mais à présent vous êtes retournés vers votre berger, le gardien de vos âmes. »
On connaît bien aussi les nombreuses représentations de Jésus comme étant le bon berger, le bon pasteur, qui connaît ses brebis, qui les aime et qui prend soin d’elles.
Et puis, dans le passage d’aujourd’hui, au chapitre 10 de l’évangile de Jean, Jésus nous parle encore d’un berger, celui qui entre dans l’enclos en passant par la porte ; celui qui mène les brebis au-dehors et marche à leur tête, et elles le suivent, car elles connaissent sa voix. Mais les pharisiens à qui il s’adresse ne comprennent pas. Donc, il leur explique. On s’attend alors à ce qu’il leur dise : « le bon berger, c’est moi ! » Mais nous l’avons bien entendu, ce n’est pas ce qu’il dit ici ! Il ne se désigne pas lui-même comme « le bon berger », mais comme « la porte des brebis ». La porte ! Étonnant, non ? « Moi, je suis la porte » ! On a plus de mal à imaginer Jésus comme une porte que comme un berger, non ?
Pourquoi la porte ? « si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé. Il pourra entrer et sortir et trouver un pâturage ». Il s’agit donc de passer par la porte, c’est ce que Jésus veut nous dire. Cette image de la porte, c’est un peu la même image que celle qu’il emploiera plus loin dans ce même évangile de Jean : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ». Je suis le chemin, ou je suis la porte, en tout cas, il faut passer par moi.
Mais alors, si lui, Jésus, est la porte, de qui parle-t-il quand il nous dit : « Celui qui entre par la porte, c’est le pasteur, le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. » ?
Ce pasteur, ce berger qui entre par la porte, ne serait-ce pas le prêtre, missionné par le Christ lui-même pour guider ses brebis, au nom du Christ ? et même plus encore, « in persona christi », en la personne même du Christ ? Le prêtre n’est-il pas passé par Jésus, par la porte des brebis, au moment de son ordination, après un long chemin de formation au séminaire ? Le prêtre n’est-il pas celui qui conduit ses brebis, qui les connaît, elles qui le suivent et écoutent sa voix ? N’est-il pas celui qui marche à leur tête, et les mène vers les verts pâturages ? Le prêtre n’est-il pas un pasteur ? Celui qui, comme Saint Pierre à la demande insistante de Jésus, fait paître ses brebis ?
Dans le contexte où Jésus parle, la fonction de berger, c’est important. C’est indispensable. On n’imagine pas un troupeau sans berger. Dans l’évangile de Matthieu, au chapitre 9, on lit : « Voyant les foules, Jésus fut saisi de compassion envers elles parce qu’elles étaient désemparées et abattues comme des brebis sans berger. » Des brebis sans berger, c’est une anomalie. C’est même une souffrance. C’est une situation qui inspire à Jésus de la pitié, de la compassion. Et Saint Matthieu poursuit : C’est alors que Jésus dit à ses disciples : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. » Il aurait aussi bien pu dire, en cette circonstance : « le troupeau est immense, mais les bergers sont peu nombreux. Priez-donc le maître des brebis d’envoyer des pasteurs pour son troupeau. ». C’est donc bien Jésus lui-même qui a institué le dimanche de prière pour les vocations ! Il demande à ses disciples de prier Dieu pour que des pasteurs se lèvent du milieu de son troupeau, de son peuple, le peuple des croyants.
On n’imagine pas un troupeau sans berger. Pourtant, de par le monde, on trouve de nombreux chrétiens qui sont privés de pasteur. Plusieurs paroisses du Japon continuent de survivre sans prêtre depuis des décennies. Pensons aussi à la Corée du Nord, qui compte environ dix mille catholiques, mais zéro prêtre. En Arabie saoudite, où tout autre culte que l’islam est interdit, il n’y a pas une seule église, bien qu’il y existe quatre « paroisses » reconnues. Et la situation n’est pas meilleure en Chine, en Erythrée, au Soudan du Sud, au Pakistan… Ces chrétiens sans prêtre, ces brebis sans berger, vivent dans la clandestinité, dans la menace permanente d’être arrêtés et jetés en prison. Mais sans chercher si loin, plus proche de nous, en France, certaines paroisses sont devenues si vastes que le prêtre qui les sert n’a pas assez de dimanches dans l’année pour célébrer la messe dans chacune de ses églises.
On peut se demander : comment font-ils, ces chrétiens sans pasteur, pour continuer à vivre leur foi ? Et pour eux, comment comprendre l’évangile d’aujourd’hui, qui nous rappelle le rôle central du prêtre ? Relisons un passage de cet évangile : « si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé. Il pourra entrer et sortir et trouver un pâturage ». Ces chrétiens sans prêtre sont bien, eux aussi, « passés par lui », la porte des brebis. Ils suivent le Christ, ils marchent dans ses pas, y compris jusque dans la souffrance et la persécution. Leur seul pasteur, c’est le Christ lui-même. Même sans prêtre, ils sont dans la pensée de Dieu, ils sont promis au salut, tout comme nous, qui avons la chance d’avoir des prêtres comme berger.
Alors, frères et sœurs, goûtons cette chance qui est la nôtre d’avoir un pasteur ! En ce dimanche « du bon pasteur », rendons grâce à Dieu notre Père qui nous donne un berger pour nous conduire vers les verts pâturages, en passant par Jésus, la porte des brebis. Et prions-le, à la demande de Jésus lui-même, d’envoyer des ouvriers à sa moisson, des pasteurs à ses troupeaux, afin qu’en suivant son pasteur, aucune de ses brebis ne se perde.
Amen.
Daniel BICHET, diacre
Monnières et Clisson,
Paroisse Sainte Marie du Val de Sèvre
26 avril 2026