Is
45, 1.4-6 ; 1 Th 1, 1-5b ; Mt 22, 15-21
« Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau ! Sans mentir, si votre ramage se rapporte à votre plumage, vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois, » Vous avez certainement en mémoire la fable de La Fontaine où le renard utilise la flatterie pour obtenir le fromage tenu par le corbeau.
Les pharisiens essayent de faire de même avec Jésus : « Maître, lui disent-ils, nous le savons : tu es toujours vrai et tu enseignes le chemin de Dieu en vérité ; tu ne te laisses influencer par personne, car ce n’est pas selon l’apparence que tu considères les gens »
Une superbe flatterie de la part des pharisiens. Quels hypocrites ! Quand on n’a pas d’arguments solides pour combattre l’adversaire, on le discrédite aux yeux de tous. Et on lui tend un piège.
« Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César, l’empereur ? »
Aujourd’hui on dirait peut être, comment vivre sa foi dans un monde sécularisé, en vivant dans le monde sans renier sa Foi ? La récente visite du pape Léon nous a montré que l’exercice est possible.
Pour Jésus le piège est là et, quelle que soit sa réponse, Jésus ne pourra pas s’en sortir.
– Soit il refuse et incite le peuple à ne pas payer l’impôt prélevé au profit de l’occupant romain et il se place ainsi en révolutionnaire,
– soit il approuve et conseille de payer l’impôt et se discrédite aux yeux du peuple et devient pour eux un collaborateur.
Une fois de plus Jésus va retourner la situation, avec la pièce à l’effigie de César. Cet enseignement est pour nous totalement d’actualité et peut se comprendre en trois points.
1 – « Rendez à César ce qui est à César », y compris en payant l’impôt.
C’est à dire, admettre que nous vivons dans une société régie par des lois qui permettent de vivre en bonne intelligence et reconnaître l’autorité qui gouverne notre pays (et que nous avons élue). Le chrétien est donc un citoyen qui vit selon ces lois temporelles (ce qui ne l’empêche pas de dénoncer publiquement celles qui sont contraires à sa foi.) Car "Ce qui est légal n'est pas nécessairement moral" nous a redit le Pape Léon à Lourdes.
2 – Ne rendez à César que ce qui est à César. En effet quand César, l’empereur, gouverne et perçoit l’impôt, il est dans son droit, mais quand il exige qu’on lui rende un culte en se prenant pour un dieu, il outrepasse ses droits et devoirs et il expose ainsi le peuple à l’idolâtrie. Là, il ne faut pas transiger, Jésus rappellera souvent que nous n’avons qu’un seul Dieu et Père. Cela nous renvoie à la vision obtuse de la laïcité pour certains, auxquels le pape a précisé : une juste laïcité », «ne consiste pas à exclure la religion de l’espace public ou de l’éducation, mais à travailler pour que l’État et les institutions religieuses dialoguent ensemble et unissent leurs forces au service du bien commun, pour que le monde ait la vie »
3 – « Rendez à Dieu ce qui est à Dieu ». La vraie question est là : le temporel ne doit pas occulter le spirituel. Le chrétien est aussi et avant tout « citoyen du royaume de Dieu » et doit vivre selon sa foi en rendant un culte à Dieu et en pratiquant sa loi d’Amour que Jésus est venu nous rappeler par sa Parole. A nous les français facilement râleurs et défaitistes, le Pape a rappelé que vivre l’espérance, n’est pas un « optimisme naïf qui ignore les difficultés". Le chemin d’espérance selon Léon XIV est un chemin de crête, entre lucidité sur le mal et certitude que "le bien donne la vie" : "Espérer, c’est persévérer dans l’espoir que le bien est toujours possible. "
Si je rebondis sur ces propos du pape il y a quelques jours, c’est par ce que je trouve aussi, qu’ils ont été en miroir de ceux tenus par Paul dans sa lettre aux Thessaloniciens (entre parenthèse, c’est le premier écrit chrétien, avant la rédaction des Evangiles). St Paul dit aux habitants de Thessalonique, des européens, : « Sans cesse, nous nous souvenons que votre foi est active, que votre charité se donne de la peine, que votre espérance tient bon en notre Seigneur Jésus Christ, en présence de Dieu notre Père ». Des encouragements intemporels qui sont bienvenus car nous ne sommes pas toujours des bons juges pour nous-mêmes.
Et puis St Paul dit : « Nous le savons, frères bien-aimés de Dieu, vous avez été choisis par lui. » Nous sommes choisis non pour nos compétences, non pour notre caractère, mais par grâce.
D’ailleurs dans la première lecture, Cyrus, roi de perse, est qualifié de Messie. Lui un païen qui est envoyé par Dieu pour libérer son peuple exilé à Babylone. Isaïe nous redit juste que Dieu reste le maître du monde et que son action peut être réalisée par un non chrétien.
Pour le Pape, la restauration de la cathédrale Notre-Dame a été la preuve qu’une « collaboration est possible entre l’Église, l’État, les institutions publiques et la société civile. » Il a souligné la mobilisation des donateurs, des professionnels et des artisans, estimant que cette « synergie au service du bien commun » devrait inspirer les institutions et les responsables politiques, sociaux et économiques. Et le critère fondamental sur lequel fonder cette collaboration est «la dignité de la personne humaine ».
« L’Église n’est pas faite de pierres ou de béton, mais de personnes qui aiment Jésus-Christ parce qu’elles ont été aimées par Lui » [et qui] « s’engagent quotidiennement à servir avec amour la dignité de la personne humaine. »
Nous sommes ainsi appelés à être des témoins de l’amour de Dieu pour chacun, là où nous vivons, en famille, au travail, dans la cité, et je cite le Pape : « Le chrétien impliqué dans la vie publique, et agissant selon la lumière de sa conscience éclairée par la foi, ne peut être considéré comme un prosélyte ou une menace à l’unité de la patrie ».
Soyons ces témoins vivants comme le levain dans la pâte pour le bien et le salut de tous.
Philippe ARRIVÉ, diacre
Homélie pour les cheminants vers le diaconat permanent
St Laurent sur Sèvre
18 octobre 2026