Quelle est cette vigne ?
Trois des lectures de ce jour nous parlent de la vigne, du travail et des personnes qui la font vivre. Dans notre région, et particulièrement ici, dans l’église St Vincent des vignes, nous savons que le travail de la vigne est souvent difficile, passionnant mais parfois décevant. Début octobre et la plupart les vendanges sont déjà faites mais cette parole reste de circonstance, actuelle et vivante.
Dans la première lecture, dans l’évangile et même dans le psaume, le propriétaire porte une attention et un engagement ardents, sans pareil, à sa vigne. Il ne ménage ni ses forces ni les moyens pour donner à sa vigne toutes ses chances et lui garder sa beauté. On ressent tout l’amour du propriétaire et son attachement presque viscéral à sa vigne… en la plantant sur un coteau fertile, en retournant la terre, en retirant les pierres, en construisant une tour et en creusant un pressoir avec une clôture, le propriétaire veut que sa vigne soit à l’abri du danger. Mais ce n’est pas suffisant ! Il n’engage pas des tâcherons mais des vignerons, des spécialistes, pour assurer non seulement de la santé de sa vigne mais aussi la qualité du grain. Il pousse à l’admiration dans la démesure et l’intensité de l’amour porté à sa vigne. Mais qui, à part notre Dieu Amour, serait capable d’une telle profusion amour ?
Et quelle est cette vigne de la prophétie et de la parabole, à qui il veut donner toutes ses chances de porter du fruit pour désaltérer le monde, en faisant l’admiration de qui ne le connaitrait pas ? L’habitude est de dire : c’est le peuple d’Israël ou c’est l’Église du Christ et ça n’est pas incongru, c’est même juste. Mais si l’on considère cette Parole toujours d’actualité chacun de nous peut se dire : Pourquoi ne serait-ce pas moi cette vigne ? Dans l’humilité de l’enfant que je suis, je peux me dire « je suis la vigne, si précieuse, du Seigneur ! »
Pour
s’en convaincre posons-nous quelques questions :
Est-ce que je prends le temps de m’émerveiller des actions, directes ou indirectes, de Dieu et de son Esprit, dans ma vie ? De reconnaître « l’être étonnant que je suis » ? Car je dois reconnaître que j’ai reçu un trésor sans prix que rien ne peut acheter : l’amour de Dieu, sa Vie et son Esprit. Amour, gratuit, inconditionnel et sans mesure, qu’il me donne chaque jour à travers sa Parole, dans ma vie par les rencontres, les échanges, la création (à la suite de St François en ce 4 octobre) ... Je peux alors réaliser, ému, combien je suis aimé de Dieu et combien, avec Lui, moi je peux aimer les sœurs et les frères qu’il me donne !
Mais
parfois, au pieds de mon cep, remontent cailloux, rochers ou déchets,
des vandales peuvent venir la briser …c’est à
chaque fois que je salis ton amour, Seigneur !
Je sabote mon énergie, la force et l’Esprit donnés à jalouser, à médire et à me dénigrer moi-même, à me lamenter sur ma condition physique, sociale voire spirituelle… jusqu’à m’en prendre à Dieu Lui-même (qu’est-que j’ai fait ? ...).
Du négatif qui me fait douter et abîmer l’amour en moi. Me faisant agir sans morale, laissant place au péché. Un manque d’amour qui fait de moi une vigne desséchée et sans fruit. Pire, pire, je risque de devenir comme ces vignerons jaloux, voleurs et meurtriers en m’appropriant ce qui n’est pas de moi. Le manque d’amour est une forme de cancer pour l’univers qui peut ravager et détruire l’humanité quand je refuse, ne serait-ce que donner une once de cet amour à ceux qui en ont tant besoin.
Mais rien n’est perdu, l’amour est plus fort que la mort. Notre Dieu de Miséricorde infinie ne saurait m’abandonner. Oui il m’ouvre ses bras quand je choisis, personnellement, de revenir à lui, reconnaissant que je me suis égaré sur des chemins de nuit, loin de la lumière de mon baptême en vivant la réconciliation.
Comment dépasser la honte et réparer les dégâts ?
En
suivant les enseignements de Paul, prier et supplier, rendre grâce, pour
lui faire connaître mon regret, mon remord et plus encore mon désir de
redevenir cette belle vigne ou simplement un bon vigneron. Changer mon
regard, sur moi et les autres, faire confiance, me donne de trouver ce
qui est juste et digne d’être aimé et comme le dit Paul « la
paix de Dieu gardera mon cœur et mes pensées dans le Christ
Jésus. »
Le Seigneur fait de nous ses enfants en nous donnant sa vie, son Esprit. Il met sur notre route des frères et des sœurs à aimer. Il nous a confié la Bonne Nouvelle pour qu’elle puisse être proclamée dans le monde entier. Si nous ne sommes pas fidèles à cette mission, la sienne, elle sera confiée à d'autres, souvenons-nous que nous ne sommes pas à notre compte, mais au service ! C'est avec Lui et par Lui que notre vie portera du fruit dans l'Eucharistie que nous allons partager ! Là le Seigneur, une fois encore, s’offre gratuitement et sans limite "Ceci est mon Corps livré pour vous… Ceci est mon sang versé pour vous…" Il est toujours avec nous comme nous sommes toujours avec Lui pour vivre pleinement ce don. N’ayons pas peur, ayons foi, en nous, en Lui en prenant appui sur le Seigneur car « La pierre rejetée par les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle. C’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux ! »
Patrick DOUEZ, diacre
Paroisse Saint-Mathieu-sur-Loire (44)
4 octobre 2026