En
lisant cette parabole on peut vite se laisser prendre par un sentiment
d'injustice si l'on s'en tient seulement à la question du
salaire... Voilà une comptabilité sans compter !! alors que
l'homme met très souvent des conditions et fait des calculs... Jésus,
Lui, nous révèle la bonté sans limite de Dieu qui offre son amour à
chacun, au premier comme au dernier...
Imaginez un seul instant la scène en cette période de vendanges, des
patrons vignerons du Beaujolais, du Bordelais ou du Muscadet qui s'en
vont tout au long du jour, heure par heure recruter des ouvriers
vendangeurs. Quand arrive le moment de la paye, ils versent à tous le
même salaire, sans tenir compte du nombre d'heures travaillées par
chacun. Rapidement les syndicats s'indigneraient et seraient même
dépassés par diverses coordinations de vendangeurs et autres... si l'on
appliquait une telle méthode dans le monde du travail ça ferait naître
une belle pagaille et tous crieraient à l'injustice avec grève,
assemblées générales surchauffées, défilés avec calicots et slogans.
Qu'est-ce que ces patrons ? Où va-ton ? Du jamais vu ! Le monde à
l'envers. Une parabole qui choque et suscite incompréhension à
plusieurs niveaux : le travail, la justice, l’argent.
Oui c'est bien l'envers d'un certain monde que Jésus évoque ici et il
nous dit que les services comptables de Dieu ne fonctionnent pas comme
chez les hommes. Ici, sur terre, une comptabilité d'argent ; là-haut,
chez Dieu, une comptabilité d'amour. Ici les références ce sont les
actions cotées en bourse, monnayées en dollars, en yens ou en euros.
Rien de tout cela avec Dieu, tout y est mesuré selon les valeurs de
l'amour, de la générosité, de la charité, de la miséricorde... Notre
monde, la société ne peut grandir si elle fixe l’œil uniquement sur les
tableaux de la bourse. Le monde vit et se construit, bien sûr parce que
l'argent circule, il en faut bien pour vivre – et nombreux sont ceux qui
manquent du minimum -, pendant que d'autres capitalisent des fortunes
par milliards mais le monde vit et se construit encore beaucoup plus
quand il est irrigué d'amour. Et le plus important c'est de savoir que
l'amour de Dieu est pour chacun de nous sans exception... Il nous aime
cabossés, blessés, pauvres !!
Le monde ne peut se développer sans que des ouvriers travaillent à la
vigne du Seigneur. Tout baptisé y est invité à être un ouvrier de la
Bonne Nouvelle, quel que soit son âge ou ses capacités, à trouver une
place au sein de notre paroisse, en pastorale ou autres services. Y
a-t-il des ouvriers qui attendent d'être embauchés ?
Autre point : l'argent. Jésus nous invite à dépasser ce qui est
profondément ancré chez nous avec ce système marchand, du donnant
donnant. Ce que nous recevons de la part de Dieu en travaillant à sa
vigne dépasse toutes nos attentes et nos espérances. Ce n'est pas de
l'ordre monétaire, c'est la liberté, l'amour, le salut et la
miséricorde. Tout ça est sans prix et donné en abondance. Ce prix-là ne
peut se diviser. Jésus s'il nous heurte c'est pour mieux nous inviter à
regarder ce qu'il nous offre.
Et puis en matière de justice nous touchons le cœur de ce qui heurte le
plus dans cet évangile : le sentiment d’injustice qui habite les
ouvriers et qui nous habite aussi après cette lecture. Comme
dimanche dernier, la Justice de Dieu surpasse infiniment notre justice
et nos comptes d’apothicaire. On devrait s'en réjouir plutôt que de s'en
désoler. La justice de Dieu s'appelle miséricorde... Peu importe ce que
nous faisons pour la pastorale paroissiale, le temps que nous y passons
ou consacrons, la récompense sera la même que l’on soit curé ou qu’on
passe le balai pour rendre l’église propre et agréable aux autres.
L’important c'est de faire quelque chose pour mener une vie digne de
l’Évangile. L’Évangile du Christ, c’est le don de sa personne pour les
autres, un don que nous sommes tous appelés à faire. Alors, oui, cette
parabole dérange et n’est pas politiquement correcte, mais elle nous
invite justement à corriger notre manière de vivre notre foi, à être de
ces baptisés actifs et non pas spectateurs passifs. Porter
attention aux autres et spécialement aux laissés-pour-compte c'est ce à
quoi nous invite le Seigneur:
donner une responsabilité ou un travail quelconque à un
malheureux est plus efficace que n'importe quelle aumône !
Que nous soyons les premiers ou les derniers, le Maître du domaine
manifeste sa tendresse et son amour à chacun de nous qui pouvons prendre
part au travail de la vigne ! Alors
puis-je accepter l'idée que Jésus veuille m'embaucher moi
aussi, quelle que soit l'heure de ma vie ? Peut-être ai-je
l'impression d'être inutile pourtant Dieu me dit ; « Va toi
aussi ! » ; Comment
vais-je répondre ?
François CORBINEAU, diacre permanent
20 septembre 2026