Frères et sœurs, dans les textes de ce dimanche, il est beaucoup question de nourriture ; au menu : de l’eau, du lait, du vin, des viandes savoureuses, du pain et des poissons… comment allons-nous digérer tout cela…
Dans l’Evangile, Matthieu nous parle d’une grande foule - l’endroit est désert - Jésus est avec ses disciples et cette grande foule à faim - le soir arrive… alors une grande difficulté va surgir car les disciples n’ont rien à offrir à cette foule. Préoccupés par d’autres problèmes, ils suggèrent à Jésus de renvoyer la foule et qu’elle aille chercher à manger ailleurs et, la nuit passée, qu’elle revienne le lendemain.
A prime abord, cela semble raisonnable… mais pas pour Jésus : « Jésus fut saisi de compassion pour eux » et il dit à ses disciples : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ».
De
fait, cela soulève une interrogation : pourquoi Jésus n’a-t-il pas donné
lui-même à manger, puisque c’est lui qui fut pris de compassion ?
Si Jésus avait dit "je vais leur donner à manger", nous ne nous serions
pas attardé sur ce point. Mais Jésus dit à ses disciples : "VOUS, mes
disciples, allez les nourrir".
Il y a donc un lien fondamental entre la compassion du Christ et l’ordre
donné aux disciples de prendre soin de la multitude : Jésus ne fait
pas appel à eux pour qu’ils l’aident à accomplir la tâche ; par cet
ordre qu’il leur donne, Jésus veut qu’ils comprennent le sentiment qu’il
a pour cette foule et il souhaite que les disciples partagent avec lui
sa compassion. Si les disciples la ressentent et la comprennent, alors
ils pourront nourrir cette foule…
Et nous ? Comment comprenons-nous ces paroles et ces actes de Jésus ? Sommes-nous capables de ressentir ce que le Christ ressent pour cette foule ? Sommes-nous comme les disciples qui se sentaient dépassés par cette foule immense ?
Notre paroisse St Matthieu sur Loire compte près de 31.000 habitants et nous sommes environ 5% à participer à la vie de la paroisse… serions-nous dépassés par l’immensité de la tâche ? Possiblement si nous considérons en premier lieu nos maigres ressources, « nos cinq pains et nos deux poissons » : nous serons tentés de penser "jamais je ne pourrai nourrir une telle foule !", un sentiment d’impuissance viendra nous paralyser.
Et pourtant, regardez ce qui se passe actuellement en Gironde suite aux incendies dramatiques de ces derniers jours : cet élan de solidarité extraordinaire vis-à-vis des victimes et des pompiers…
Soyons fiers également de ce qui se vit sur notre paroisse « toujours en construction » ; nombre d’entre nous partagent leur pain et leur poisson pour la rendre dynamique, accueillante et solidaire : préparation des liturgies - accompagnement des familles pour les funérailles, les mariages, les baptêmes – entretien et fleurissement des lieux – catéchisme – Animation paroissiale et missionnaire – solidarité avec les plus fragiles au sein de Matth’Accueil Solidaire, des Petits Fragiles, du SCCF, du CCFD… et pardon à ceux que je ne cite pas…
Oui frères et soeurs, nous sommes sensibles aux besoins de ceux qui nous entourent, car nous avons un cœur qui se laisse toucher par la compassion en étant à l’écoute de celui qui est proche et qui souffre, parce que nous nous identifions à lui... il est notre prochain, celui que Jésus nous invite à aimer comme nous-mêmes.
Alors que me demande Jésus ? De partager ce que j’ai : il me demande de rendre disponibles mes ressources, c’est à dire les dons reçus du Seigneur et d’en faire bénéficier les autres. Jésus me demande de donner de mon quotidien comme tous les bénévoles engagés.
Par cet ordre de Jésus à ses disciples : « donnez-leur vous-même à manger », il m’incite à ne pas me désintéresser de la foule, de mes frères et sœurs qui sont dans l’attente d’une attention, d’une écoute, d’un regard, d’un soutien quel qu’en soit la nature ; il m’exhorte à ne pas rester les bras croisés en me répétant : ‘’je n’ai que 5 pains et 2 poissons’’. Jésus ne me demande pas l’impossible, c’est lui qui fait l’impossible mais c’est par mes mains que s’accomplit le miracle !
Dans la 1ère lecture, vous l’avez remarqué, il n’est pas question de pain et de poisson mais de lait, de vin et de viandes savoureuses… Isaïe interpelle tous ceux qui ont faim et soif : « venez acheter et consommer, … sans argent, sans rien payer. Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? Écoutez-moi bien, et vous mangerez de bonnes choses…, Venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez. Je m’engagerai envers vous par une alliance éternelle. »
Dans
quelques instants, au cours de cette messe, une enfant va être baptisée.
Ses parents auraient-ils entendu Jésus leur susurrer les paroles d’Isaïe
« Venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez » ? Alors, notre
communauté paroissiale se sent concernée et se mobilise : nous
accueillons avec joie et reconnaissance la demande de ses parents. Ce
baptême se présente comme une nourriture spirituelle et, grâce à nos 5
pains et nos 2 poissons, nous sommes heureux de les accompagner sur un
chemin de foi vivante qui leur permettra « d’être rassasiés de
bonnes choses, sans argent et sans rien payer. »
Frères et sœurs, par la main de ses disciples, Jésus a nourri « une grande foule de gens » et, au bout du compte, il reste encore douze paniers pleins. Cela signifie qu’il en reste suffisamment pour que l’Eglise puisse, jusqu’à la fin des temps, célébrer le repas du Seigneur et nourrir l’humanité « de bonnes choses ».
A la fin de cette messe, je vous enverrai en disant : « allez dans la paix du christ ! »
Oui, allons avec confiance, car cette foule qui nous entoure a faim, elle nous attend ; nous sommes envoyés vers elle avec nos 5 pains et nos 2 poissons pour vivre l'Evangile, pour témoigner de la Bonne Nouvelle que nous avons entendue et la mettre en pratique. Allons leur donner nous-mêmes à manger, pauvres ou riches, jeunes ou anciens, incrédules, pratiquants ou non ! N’ayons pas peur ! Comme le disait Saint-Augustin : « Jésus n’appelle pas les personnes capables ; il rend capable celles qu’il appelle ! ».
Amen.
Patrick JAVANAUD, diacre.
Église St Matthieu-sur-Loire
2 août 2026