Za 9, 9-10 ; Ps 144 ; Rm 8, 9. 11-13 ; Mt 11, 25-30
Eh bien F&S, voilà une bonne nouvelle, de nature sans doute à nous réjouir en ces premiers
jours de juillet où chacun(e) pense aux vacances : par deux fois, dans ce court passage d'évangile que je viens de proclamer, Jésus nous promet « le repos ». Un repos auquel beaucoup d'entre nous aspirent, surtout si nous arrivons en cette période de l'année avec derrière nous des mois de travail, au cours desquels nous avons « peiné sous le poids du fardeau. » Les premiers qui ont entendu cette promesse de Jésus et qui s'en sont certainement réjouis, ce sont les gens qui le suivaient depuis des mois et qui étaient de ces « petits » à qui il venait révéler « ces choses cachées aux sages et aux savants. » Ce qu'on sait de leurs parcours personnels est relativement réduit : on sait d'abord qu'ils connaissaient des situations économiques, politiques et religieuses désastreuses. On sait qu'à cette époque des famines sévissaient, que le pouvoir de l'occupant romain se faisait sentir de manière de plus en plus lourde, que l'insécurité régnait dans toute la Palestine, que l'autorité religieuse était passablement corrompue et qu'elle imposait des obligations de plus en plus pesantes qu'elle-même se gardait bien de mettre en pratique. Quand
Jésus parle des « tout-petits », vous l’avez compris, il ne s'agit donc pas des enfants en bas âge ; il s'agit des adultes qui le suivent, avides d'écouter son enseignement, c’est-à-dire ses nombreux disciples qu’il appelle « tout-petits » par opposition « aux sages et aux savants ».
Or à cette époque il y avait chez tous une forte attente de celui que l'on désignait sous le nom de Messie. Sous ce nom, on trouvait des aspirations diverses, mais toutes avaient en commun le besoin d'un changement radical. Pour certains, une révolution, pour d'autres une conversion des esprits et des cœurs destinée à préparer les chemins du Seigneur, comme nous y invitent : la 1ère lecture « Exulte de toutes tes forces…, Pousse des cris de joie…, Voici ton roi qui vient à toi : il est juste et victorieux…, il brisera l’arc de guerre, et il proclamera la paix aux nations. » et le psaume « Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour. … Le Seigneur soutient tous ceux qui tombent, il redresse tous les accablés. »
Les hommes et les femmes qui suivent Jésus fidèlement n’ont, pour la plupart, pas fait d'études : Matthieu, percepteur, Pierre, Jacques et Jean, artisans pêcheurs, Marie de Magdala,… et parmi eux on ne trouve ni les scribes ni les docteurs de la Loi. Pas besoin d'avoir son ‘’bac’’ pour avoir la connaissance… Mais de quelle connaissance s'agit-il ? Je crois que Jésus oppose deux types de connaissances : la connaissance intellectuelle acquise dans les livres, celle « des sages et des savants » et la connaissance qui naît d'une fréquentation, particulièrement d'une fréquentation passionnée. Pour connaître une personne, rien ne remplace la rencontre personnelle, sinon, la connaissance demeure
superficielle. Et pour que la rencontre ne soit pas vaine, il faut que chacun y mette le désir d’une rencontre vraie, une empathie certaine. Voilà donc ces « tout-petits », ces humbles, qui ont rencontré Jésus et se sont attachés à lui : ce sont eux qui vont avoir la révélation.
Mais la révélation de quoi ? Essentiellement, la révélation de l'amour de Dieu pour tout homme, toute femme, pour toute l'humanité. Qui est Dieu ? Voilà la question que les hommes se posent depuis qu'il y a des hommes ; nous nous la sommes tous posée un jour ou l'autre. A cette question, toutes les philosophies, toutes les sagesses humaines, toutes les religions ont apporté des réponses diverses. Eh bien, nous dit Jésus : la vérité de Dieu n'est pas réservée à une élite intellectuelle ; l'illettré doit pouvoir y accéder aussi bien que le théologien. Aussi bien ? Non, mieux, répond Jésus ! Mais alors, pourquoi tant d'études, de recherches intellectuelles ? Jésus ne dit pas que c'est inutile, il ne veut pas mettre un fossé entre savoir et non-savoir, entre science et foi. Simplement, il veut établir une priorité : la priorité consiste à privilégier la connaissance interpersonnelle, fruit d’une expérience, d'une fréquentation, d'une relation. Le « tout-petit » est mieux placé que « les sages et
les savants » parce qu'il a une science supérieure : il sait qu'il ne sait pas, ou qu'il sait mal ; il est donc ouvert, en attente... à l’image de nombre de personnes que je côtoie au SCCF, écoutons-les : « Parfois, on a un passé qui n’est pas glorieux, c’est important d’avoir confiance pour le raconter sans être jugée ! » ou encore « Je me suis redécouverte. Je ne savais pas que j’avais autant de talent en moi. Je me suis sentie en confiance. Je n’ai pas senti de regard pesant sur moi. » Tu veux savoir qui est Dieu ? Un préalable est nécessaire : fréquenter Jésus. Lui seul manifeste, concrétise dans ses actes, ses propos, toute sa vie, ce Dieu-Amour qu'il est venu révéler. Car Dieu se manifeste dans une histoire – notre histoire – qu'il vient vivre avec nous. Jésus est la manifestation exacte de Dieu ; en dehors de lui, nous ne disposons d’aucun document valable sur Dieu. L’Ancien Testament est entièrement orienté vers la préparation de l’avènement du Christ et toutes les religions sont des tentatives que l'homme fait pour connaitre Dieu. « Personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. » Le
Christ est la voie unique de l'homme vers Dieu et de Dieu vers l'homme ; ce n'est pas pour rien que Jésus parle, deux fois dans cette hymne de louange qu'il adresse à son Père, de « révéler » , c'est-à-dire de lever le voile qui dissimule la réalité plénière de Dieu.
Et Jésus ne fait pas que révéler Dieu ; son compagnonnage avec nous va beaucoup plus loin : il connaît notre situation, les soucis et les peines, les « fardeaux » qui sont le lot de toute existence humaine. C'est de cela qu'il veut nous soulager : non pas en abolissant, comme par un coup de baguette magique, tout ce qui constitue notre lot quotidien de misère, mais en se faisant entièrement solidaire de notre condition humaine. Pour nous le faire comprendre, il prend l’image d'un « joug » et nous invite à prendre « son joug » : il ne s'agit pas de résignation, mais de solidarité. Un joug sert à atteler deux animaux pour qu'ils tirent ensemble, dans la même direction ; c'est de là qu'est dérivé le mot « conjugal », car dans un couple, on est normalement deux à tirer dans le même sens…
Oui F&S, Jésus, solidaire de notre condition humaine, s'engage à tirer dans le même sens que nous pour désembourber notre humanité. Alors, il nous l'assure, son joug est facile à porter car le fardeau du Christ est léger puisqu’il est accordé à l'homme, à son désir, à sa volonté de vivre, à son bonheur ; Jésus est non seulement fréquentable (même pendant les vacances…), il est la source de notre repos ! Bel été avec Lui, en tenue de « tout-petit ».
Amen.
Patrick JAVANAUD, diacre
paroisse Saint Matthieu sur Loire (44)
5 juillet 2026