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« Un autre chemin »
Matthieu
est le seul évangéliste qui nous parle de cet épisode des Mages. Au
fait, l’avez-vous remarqué ? Il n’est pas dit qu’ils étaient
trois, ni même qu’ils étaient rois ! Les 3 fameux « Rois
Mages » n’étaient en fait ni trois, ni rois ! C’est une
certaine tradition qui en a fait des rois, et qui a fixé leur nombre à
trois, en leur donnant d’ailleurs un nom à chacun, et même une
personnalité. Mais on passe alors dans le domaine de la légende. Le
chiffre trois provient sans doute du fait que les mages de l’évangile
apportent trois cadeaux à Jésus. Quant au titre de rois, il est une
réponse au psaume 71 que nous avons chanté aujourd’hui, comme
l’accomplissement d’une prophétie :
« Les rois de Tarsis
et des Iles apporteront des présents. Les rois de Saba et de Seba
feront leur offrande. Tous les rois se prosterneront devant lui,
tous les pays le serviront. »
Mais l’évangile ne nous
dit rien de tout cela. Car les Évangiles n’ont pas été écrits pour nous
raconter de belles histoires ! Ni même pour nous rapporter des
faits historiques, à la manière d’un reporter de presse. Les Évangiles
ont été écrits par des croyants pour que le monde croit. Ils sont les
éléments centraux de la Révélation. C’est pourquoi on ne lit pas les
évangiles comme on lirait un roman, un conte, un fait divers… Alors,
comment faut-il les lire ? Ou, en posant la question autrement,
comment comprendre ce que veut nous dire l’auteur de l’évangile selon
St Matthieu ?
A travers cet épisode de l’Épiphanie, mot grec qui
signifie quelque chose comme « manifestation au monde », plusieurs
signes nous sont donnés, plusieurs clés nous sont proposées pour
accueillir et comprendre le sens de la venue de Dieu parmi les hommes.
L’un de ces signes qui donne sens, celui qui vient le premier à
l’esprit, c’est que Dieu s’est fait homme non pas pour sauver un tout
petit peuple juif confiné sur un territoire minuscule, entre le
Jourdain et la Méditerranée, mais pour l’humanité entière, pour tous
les hommes de tous les peuples de toute la terre. On peut même
ajouter : de tous les temps. C’est bien ce que nous dit St Paul,
dans sa lettre aux Éphésiens : « Ce mystère, c'est que les
païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la
même promesse, dans le Christ Jésus, par l'annonce de
l'Évangile ».
Ces « Mages venus d’Orient » ne sont
pas des juifs. Ils sont les représentants symboliques de ce que la
Bible appelle « les nations », c’est-à-dire les peuples
non-juifs, ou encore « les gentils » ou « les
païens ». Très bien, mais alors, pourquoi des mages ?
Pourquoi ceux qui viennent adorer l’enfant Jésus, fils de Dieu, au nom
de tous les peuples de la terre, sont-ils des mages ? Cette
question nous introduit vers ce deuxième signe que nous propose ce
passage de l’Épiphanie pour en saisir un autre sens. Comment ces hommes
venus de très loin ont-ils trouvé leur chemin vers Jésus ? En
suivant une étoile, « son » étoile, comme ils le diront au
roi Hérode. Cette étoile, que les astrophysiciens d’aujourd’hui
appellent Spica, est nommée en hébreux d’un nom qui signifie « de
la descendance de David ». Spica est l’étoile majeure de la
constellation de la Vierge. Étoile, première du sein de la Vierge, on
comprend bien l’allusion ! Or, cette étoile, en l’an 2 avant
Jésus-Christ, s’est levée exactement à l’Est le jour de l’équinoxe de
printemps. Et ceci ne se reproduit que tous les 25 900 ans, ce qui dit
le caractère exceptionnel de l’événement. « Nous avons vu se lever
son étoile ». Etoile de la descendance de David, comme le Messie
annoncé par les Écritures. Les personnes capables, à cette époque, de
lire les signes du ciel et de leur donner un sens, étaient justement
des mages. Des mages qui pratiquaient donc l’astrologie, cette
pseudoscience ancienne qui plaçait l’homme comme sujet du cosmos,
dépendant de lui, esclave d’une destiné dictée par les astres, en
fonction de leurs positions les uns par rapport aux autres, vus de la
terre. Et cet aspect de la visite des mages nous livre là un accès vers
cet autre sens dont je parlais il y a un instant : Ce n’est pas
l’homme qui est soumis au cosmos, mais c’est le cosmos qui est soumis à
Dieu. Et la raison d’être des sciences, aussi imparfaites soient-elles,
c’est de nous mener vers Dieu. Les mages ont déduit de leurs
connaissances du ciel qu’il fallait se mettre en route, poussés par
leur désir de la connaissance, et en route vers Celui qui est la
Connaissance absolue. Ils ont dû tout quitter, au nom de cette soif de
savoir, pour faire ce long voyage, ce long pèlerinage, guidés seulement
par une petite étoile et par leur foi en ce signe qui leur était donné.
Quel est donc ce roi qu’ils cherchaient, pour qu’ils aient le désir de
faire un si long chemin, juste pour se prosterner devant lui ?
Toujours est-il qu’au bout de leur voyage, « lorsqu’ils virent
l’étoile, ils éprouvèrent une très grande joie ». Ils cherchaient
la Connaissance, ils ont trouvé la Joie. Ils étaient venus se
prosterner devant le roi de la terre, ils trouvent un petit enfant près
de sa mère. Certes, c’est l’astrologie qui les a guidés jusqu’à Dieu.
Mais c’est alors qu’ils ont compris, et que nous comprenons avec eux,
que toutes leurs sciences et leurs croyances ne sont rien devant la
Vérité, que leurs dieux multiples et variés ne sont rien devant ce Dieu
unique qui est tellement puissant d’amour pour les hommes qu’il vient
se faire l’un d’entre eux, en se faisant petit enfant, si pauvre, si
vulnérable. Et ils sont touchés par cet amour, bouleversés.
« Tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui. » Eux,
les grands savants, les puissants mages, reconnaissent en ce tout petit
enfant fragile, leur maître en sagesse et en connaissance. A tel point
que, pour repartir, ils n’ont plus besoin de leurs anciennes sciences,
ni de scruter les étoiles dans l’espoir d’y lire d’improbables signes.
L’évangile nous dit « ils regagnèrent leur pays par un autre
chemin ». La rencontre qu’ils viennent de vivre a fait d’eux
des hommes différents. Ils ne sont plus les mêmes qu’avant. Ils
délaissent le chemin de la science, qui les avait conduit jusqu’ici,
pour repartir par « un autre chemin », riches qu’ils sont
désormais de la Connaissance de Dieu. Et cette connaissance vaut plus
que leurs trésors, que l’or, l’encens et la myrrhe.
Frères et
sœurs, ce deuxième sens de la visite des mages qu’il nous est donné de
percevoir aujourd’hui, peut nous aider à méditer sur nos habitudes, à
reconsidérer nos certitudes, nos croyances, nos manières de comprendre
le monde, nos façons de voir Dieu. Notre science, nos connaissances,
sont-elles pour nous comme pour ces mages, des chemins vers Dieu ?
Avons-nous, nous aussi, cette soif de rencontrer Celui en qui se résume
toute science, toute connaissance ? Sommes-nous prêts à nous
mettre en chemin, le long de cette année 2010 qui s’ouvre, vers une
meilleure connaissance du Christ, infinie sagesse qui dépasse toute
science ? Quels moyens pouvons-nous prendre concrètement pour
atteindre ce but ? Quelle sera notre Spica, notre étoile pour
nous guider vers lui ? Aurons-nous assez d’humilité pour nous
prosterner devant lui ?
En chaque début d’année, il est de
coutume de prendre de bonnes résolutions. Je vous propose donc
celle-ci : prenons du temps pour méditer sur ces questions. Et
quelles que soient nos réponses, prenons le risque de regagner nos pays
par un autre chemin.
Amen !
Daniel BICHET, diacre permanent
Gétigné et Clisson, 3 janvier 2010
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