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Sainte Famille



En méditant cet évangile,  j’ai pensé à une situation vécue l’autre jour. La veille de Noël, je déposais l’un de mes enfants à la gare, quand j’ai rencontré la maman d’une jeune que j’avais connu à l’aumônerie. Cette maman m’a dit qu’elle vivait une période très difficile sur le plan familial et que sa fille venait de partir de la maison en claquant la porte et en disant qu’elle ne rentrerait pas. Elle cherchait sa fille partout ne sachant pas où elle était et surtout si elle reviendrait. J’ai lu dans le visage de cette maman, l’inquiétude qu’a peut-être ressentie Marie lors de ce pèlerinage à Jérusalem, dont nous parle l’évangile de ce jour. Je pensais alors à toute ces familles qui vivent des déchirures, des tensions, des épreuves.
Cette fête de la Sainte famille, a évoqué pour moi aussi tous ces moments de joie partagée en cette période de fête mais m’a aussi fait penser à ce papa, qui n’a pas pu voir sa fille le jour de Noël car il est séparé de la mère de celle-ci.

L’évangéliste Luc, nous propose aujourd’hui de nous arrêter quelques instants pour regarder un moment de l’enfance de Jésus, ou plutôt de son adolescence. Ce que vivent Marie et Joseph dans cet évangile est proche de ce que vivent tous les parents. Non pas l’histoire d’une apparente fugue mais plutôt le fait que nos enfants nous échappent et qu’ils ne sont jamais vraiment là où nous les attendons. Parfois cela est un peu brutal, voire violent, comme dans les exemples que je viens de vous raconter.

Pourtant, dans cet évangile, Luc ne se contente pas de nous raconter un épisode de la vie de Jésus. Il ne nous parle pas seulement d’un adolescent qui échappe à la surveillance de ses parents.
Luc nous introduit dans le mystère de qui est Jésus, le Christ.
Cette scène s’inscrit d’abord dans une situation concrète.
Nous voyons la famille de Jésus participer, comme chaque année pour la Pâque, au pèlerinage des juifs à Jérusalem. Nous voyons une famille vivant pleinement sa foi et sa pratique religieuse. Tout semble aller de soi, du moins au début.
C’est bien dans cette réalité concrète d’une vie de famille juive que Dieu vient rejoindre l’humanité.
Il est le bébé de la crèche que nous avons accueilli avant hier.
Il est l’enfant présenté au temple et porté par Siméon.
Il est l’adolescent de ce jour qui dialogue avec les docteurs de la loi.
Il est l’adulte des noces de Cana, de la rencontre de Zachée ou du dialogue avec  la Samaritaine.
Il est le crucifié de Jérusalem.
Il est le Ressuscité du matin de Pâque.

Dieu vient complètement vivre au milieu de nous dans une famille avec ses joies et ses difficultés. Et dans cet épisode, qui vient conclure ce qu’on appelle les évangiles de l’enfance, Jésus vient, au-delà des apparences, aider, Marie et Joseph, mais aussi chacun d’entre nous à découvrir un peu mieux qui il est.
Il est  Celui qui doit être chez son Père.
Cette explication n’est pas comprise par ses parents.
Ils cherchent leur enfant et quand il le retrouve celui-ci est étonné qu’ils l’aient cherché.
Ce décalage entre Marie, Joseph et Jésus, n’est pas seulement le décalage de parents en apparence dépassés par leur enfant qui grandit et qui commence à prendre son indépendance.
Ce décalage, c’est aussi celui de la foi.
« Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? » demande Jésus à ses parents
« Que cherchez-vous ? » demandera Jésus aux premiers disciples
« Pour vous qui suis-je ? » leur demandera-t-il encore plus tard
« Qui cherches-tu ? » interroge-t-il enfin quand Marie-Madeleine vient au matin de la Résurrection.

Et nous qui cherchons nous ? A Noël qu’avons nous accueilli ? Qui est Jésus pour nous aujourd’hui?

Un petit enfant fragile dans une mangeoire? Un adolescent plein de sagesse ? Un adulte capable de gestes et de paroles extraordinaires ?...

Dans ce passage de Luc, nous avons un début de réponse :
« Ne le saviez-vous pas ? C’est chez mon Père que je dois être. »
L’homme Jésus, qui grandit auprès de Marie et Joseph et qui leur est soumis, est le Fils du Père, le Fils de Dieu. Et cela il l’est à tout moment de sa vie terrestre. De la crèche au crucifiement comme nous le chantions le soir de Noël.
Jésus est le Christ !
C’est cela le cœur de notre foi.
Dieu s’est fait homme, il a habité et vécu parmi nous, car il nous aime comme un Père.

Quand nous célébrons la Sainte Famille, nous ne célébrons pas que l’exemplarité d’une famille. Dans cette fête nous reconnaissons que chacune de nos familles sont, elles aussi, appelées à la sainteté, c’est à dire à témoigner, à notre mesure, de la présence de Dieu au milieu de nous, à faire vivre la tendresse de Dieu dans notre monde.
Nos familles vivent parfois des moments difficiles, des tensions, des séparations. Mais elles vivent aussi des moments de joie, de fête, d’amour.
Etre parents c’est souvent accepter que nos enfants nous échappent, qu’ils ne soient pas forcément ce que nous voudrions qu’ils soient.
Etre parents c’’est aider ses enfants à vivre leur vocation, à découvrir leur propre chemin.
Jésus révèle sa vocation à ses parents et à chacun de nous, pour que nous trouvions, à sa suite, notre propre chemin en faisant la volonté du Père.
C’est ce que nous redisons chaque fois que nous prions le Notre Père.
En priant le Père, nous nous inscrivons dans la vocation du Fils par l’Esprit. Nous cherchons à faire non pas seulement ce qui nous paraît bien mais la volonté du Père.
C’est ce que font Joseph et Marie en aidant Jésus à grandir « en sagesse, en taille et en grâce sous le regard de Dieu et des hommes. »

En terminant, je voudrais simplement vous partager un passage d’un texte de Khalil Gibran que beaucoup de parents choisissent lors du baptême de leur enfant et qui redit avec d’autres mots la vocation de toute famille :

« Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie elle-même. Ils viennent à travers vous, mais non de vous. Et, bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas. Vous pouvez leur donner votre amour, mais non point vos pensées, car ils ont leurs propres pensées. Vous pouvez accueillir leurs corps, mais non pas leurs âmes, car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter pas même dans vos rêves. Car la vie ne va pas en arrière, ni ne  s'attache avec hier. »

Jean-Yves QUINTEAU, diacre permanent, diocèses de Savoie (Chambéry, Maurienne, Tarentaise).


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