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Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ

Ex 24, 3-8
Ps 115 (116), 12-13 ; 15-18
He 9,11-15
Mc 14, 12-16 ; 22-26

         


Dimanche dernier, 16 enfants de la paroisse ont fait leur 1ère communion. Aujourd’hui, l’Evangile nous parle de la 1ère communion des disciples de Jésus. C’est un texte qu’on entend habituellement au soir du jeudi saint. C’est curieux, puisque nous avons quitté le « temps pascal » depuis la Pentecôte, et nous sommes entrés dans le temps ordinaire.

La Liturgie nous propose 2 fêtes spéciales, comme 2 portes d’entrée solennelles dans ce temps ordinaire qui va durer jusqu’en décembre : il y a eu la fête de la Trinité, qui nous a entrainés dans la dynamique du Dieu-relation ; et aujourd’hui, ce qu’on appelle un peu pompeusement la fête du corps et du sang du Christ – autrefois, on disait le Saint Sacrement parce qu’il y avait des processions dans les rues – Au-delà de l’intitulé savant, c’est aujourd’hui la fête de l’eucharistie. 

Et ça vaut donc le coup de s’y arrêter un peu, pour comprendre comment le mystère de l’eucharistie que nous célébrons chaque dimanche, va nourrir notre vie de foi au cours des prochains mois. 

Je vous propose donc de regarder ensemble dans un premier temps : le contexte de cette page d’Evangile au temps de Jésus et des premiers disciples, et ensuite de nous demander comment cela nous rejoint dans notre vie de foi.

Dans cette page de l’évangile de St Marc, Jésus confie les préparatifs du repas de la Pâque à ses disciples, avant de « prendre la main » sur le cours des évènements. 

Je fais une petite parenthèse : je ne sais pas si vous avez remarqué une curiosité du récit : Jésus donne des indications très précises aux 2 disciples qu’il envoie en avant ; le texte dit : « vous trouverez une grande pièce aménagée et prête pour un repas » et il ajoute aussitôt « Faites-y pour nous les préparatifs »…

Bon alors : c’est déjà prêt, ou ça reste à préparer ?

Ça veut peut-être dire que c’est Jésus qui est le maitre des évènements, mais que les disciples ont aussi leur part à faire, leur contribution à ce que Jésus a déjà mis en place.

Je crois que c’est encore vrai aujourd’hui : Jésus nous précède, il a besoin de notre action, de notre participation, mais nous sommes à son service en tant que disciples.

Revenons à nos moutons – c’est une façon de parler, parce qu’il n’y a pas d’agneau, ni d’autel, ni de grand prêtre pour le sacrifice. Pour son dernier repas, Jésus prononce la bénédiction, et se fait le serviteur du pain et de la coupe de vin, qu’il va partager avec ses disciples. Le maitre se fait le serviteur. C’est la première communion des disciples : en partageant le pain ils deviennent « co-pains » de Jésus : c’est l’institution de l’eucharistie. Et Jésus a choisi une fête juive, juste avant Pâques, pour en transformer le sens – j’allais dire pour la transfigurer. 

Ça s’est passé il y a plus de 2000 ans. Et nous le célébrons chaque dimanche à la messe. Comment comprendre que les paroles que le prêtre prononce en célébrant l’eucharistie nous font vivre la même chose que ce que les disciples ont vécu avec Jésus ce soir-là ? Comment comprendre que c’est bien la « présence réelle » de Jésus ?

C’est un mystère, c’est LE mystère de l’eucharistie, et ça nous dépasse totalement ; mais je crois qu’on peut l’approcher. 

Pour ma part, j’ai vécu récemment une expérience avec un Touareg Musulman qui m’a un tout petit peu éclairé sur l’eucharistie ! 

C’était lors d’un voyage dans le désert au sud de l’Algérie- nous avons marché en randonnée dans le désert pendant une semaine avec des Touareg ; nous étions un groupe d’une vingtaine de personnes et on a marché à pied, sous le soleil, dans la poussière, les pierres, ça grimpait, ça descendait ; belle fatigue et solidarité du groupe pour attendre les plus lents, aider dans les passages difficiles ; ça crée des liens. Nous avions un guide Touareg – Habibqui nous indiquait le chemin, et qui nous aidait à installer notre bivouac le soir.

Le dernier soir, pendant qu’on se reposait avant le repas, Habib nous a préparé un grand pain ; Il a pris de la farine, qu’il a mélangée avec de l’eau pour faire une pâte, il l’a longuement malaxée, il l’a mise dans un grand plat rond pour lui donner une forme ; et ensuite il l’a faite cuire à même le sol sur un feu de braises, en le retournant régulièrement, et en veillant à ce que le pain cuise régulièrement, sans bruler.

Et quand ça a été prêt, on s’est tous rassemblés dans le noir autour du feu – il fait froid le soir dans le désert quand le soleil est couché. Et Habib nous a distribué son pain : il nous en a donné de beaux morceaux qu’on s’est partagé entre nous.

Et là j’ai compris que ce pain cuit sur la braise dans le désert, c’était bien plus qu’un pain ordinaire : il avait le gout de notre semaine de marche, de nos efforts, le gout de l’amitié que nous avons tissée en marchant ensemble. C’était vraiment un partage, et j’ai compris ce que signifiait le mot « communion » : c’est tout ce qu’on a vécu ensemble qui prenait du gout et qui prenait du sens. 

Eh bien, je crois que c’est cela le sens de l’eucharistie que Jésus a célébrée avec ses disciples, et que nous célébrons ensemble chaque dimanche.

« Prenez, ceci est mon corps ». Le pain consacré a aussi le gout de la présence de Jésus parmi les hommes : Jésus a prié, aimé, enseigné, guéri les malades, pardonné les pécheurs, et nourri les foules. Aujourd’hui, quand nous recevons une petite hostie dans le creux de nos mains, nous communions à tout ce qui a fait sa vie, et à tout ce qu’il a voulu partager avec nous. Il s’est fait tout proche de notre vie, de nos peines et de nos espoirs. En le recevant, dans un acte de foi, nous accueillons son esprit.

Et Jésus se fait « présence réelle » à chacun de nous, quels que soient nos mérites, chaque fois que l’eucharistie est célébrée quelque part dans le monde. Ce n’est pas une récompense uniquement pour les gens vertueux. C’est Jésus, vrai homme et vrai Dieu qui vient à nous si nous lui ouvrons notre cœur : nous recevons sa vie en abondance…et la force d’offrir la nôtre à notre manière, en entrant en communion avec le monde.

Ce n’est pas nous qui « allons à la messe » en assemblée chaque dimanche, mais c’est Jésus qui nous invite à nous rendre présents à sa présence : nous devenons corps du Christ, d’eucharistie en eucharistie. Lorsque nous recevons sa Paix à la fin de la messe, nous sommes envoyés vers nos frères pour déployer l’esprit de communion autour de nous. Notre temps ordinaire devient extra-ordinaire par l’eucharistie-action de grâce, qui préfigure ce que sera le banquet du royaume éternel.

 

 

Seigneur, 

Donne-moi de toujours venir vers toi avec la joie

De l’enfant qui communie pour la première fois,

Sans jamais m’habituer à cette rencontre,

Que chaque eucharistie soit « première communion » à ta vie éternelle.

 

Seigneur,

Donne-moi de porter et de refléter ta présence,

Auprès de mes frères et sœurs privés de l’eucharistie, par la maladie ou la détention.

Que chacune de ces rencontres, à deux ou trois en ton nom, soit action de grâce.

 

Amen

 

Emmanuel MÉRIAUX

Dimanche 2 juin 2024

Paroisse St Louis de Montfort





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