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11ème dimanche du Temps Ordinaire

Ez 17, 22-24 ;
2 Cor 5, 06-10 ;
Mc 4, 26-34 

  

(Messe avec le Service Évangélique des Malades, le 15 juin 2024)

En 1922, lors de fouilles dans le tombeau de Toutenkhamon, l’égyptologue Howard Carter et son équipe découvrent une urne contenant des grains de blé. Récupérées comme d’autres pièces archéologiques, ces gains de blé ont ensuite été mis en terre dans un laboratoire. Et, surprise, ces graines auraient germé, après avoir séjourné 3000 ans dans le tombeau du pharaon. On dit même qu’ils auraient donné une récolte abondante.

Cette histoire vient illustrer une des paraboles que Jésus nous propose aujourd’hui.  Nos connaissances actuelles nous permettent de comprendre des milliers de choses sur les phénomènes du vivant, mais nous ne sommes pas plus capables aujourd’hui qu’au temps de Jésus d’expliquer vraiment le mécanisme du développement de la vie. Dès qu’une graine est jetée en terre, commence dans le secret un fantastique processus, une merveilleuse alchimie. Que l’homme s’en préoccupe ou non, la graine va germer, se développer, sortir de terre pour devenir une plante qui portera des fleurs, puis des fruits qui réjouiront le cœur de l’homme. On touche là à un des plus beaux mystères de la création. Dieu est maître de la vie. Il nous la confie, mais c’est lui seul qui fait le travail. Une fois que l’homme a enfoui la graine, « nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment ». 

Parfois, nous avons l’impression que Dieu est absent. Quand nous sommes dans la détresse, dans l’incertitude ou quand nous nous éloignons de lui. Mais cette parabole nous redit que, même dans l’invisible, dans l’obscurité du tombeau, l’action de Dieu est présente. Ce n’est que plus tard, lorsque la plante sortira de terre, que nous pourrons dire : « Mon Dieu, tu étais là et je ne le savais pas ! Je ne te voyais pas, la graine était enfouie, mais elle a germé sans que je fasse quoi que ce soit, et une plante sort à présent de terre. » Peut-être qu’elle grandira encore, et qu’elle deviendra une belle plante, peut-être même un arbre, et les oiseaux du ciel viendront y faire leur nid. C’est l’œuvre de Dieu, faisons-lui confiance. 

En fait, quoiqu’il en pense, l’homme n’a pas prise sur la croissance de la vie. Même s’il pense parfois pouvoir se passer de Dieu, s’il peut même croire qu’il s’est fait tout seul, qu’il peut décider de la vie, de sa conception à son achèvement. Mais la fin de la parabole nous rappelle que la vie est tournée vers une finalité : vient le temps de la moisson, et la plante est coupée car elle arrive à maturité. Cette vie a une fin, ce n’est pas un éternel recommencement. Notre vie est orientée, elle est tendue vers Dieu qui nous attend au moment de la récolte, quand l’heure sera venue. Lui seul connaît ce moment, lui qui agit depuis le début dans nos vies et jusqu’à l’ultime instant, car c’est lui le maître de la vie.

En attendant, que devons-nous faire ? Pas grand-chose, si ce n’est faire confiance à Dieu. Car si, dans la parabole, c’est l’homme qui sème la graine dans la terre, dans la réalité, c’est bien Dieu et Dieu seul qui sème dans nos coeurs, et l’homme n’y est pas pour grand-chose. « Il en est du règne de Dieu COMME d’un homme qui jette en terre la semence ». Ce n’est qu’une image. Le règne de Dieu, ça dépasse largement la condition humaine. Le règne de Dieu, c’est la présence bienveillante de Dieu en ce monde. C’est l’omniprésence de Dieu, à chaque instant, en tout lieu, en chaque personne, en chaque être. C’est l’inéluctable, comme est inéluctable la germination de la graine plantée en terre ; c’est l’amour semé par Dieu en nos coeurs qui ne peut que croitre dans le secret, dans l’intime de nos vies, sans que l’on sache comment. Le règne de Dieu, c’est la vie qui se répand, en nous-même et en-dehors de nous, sans que l’on sache comment ; la vie plus forte que la mort. C’est pourquoi il nous faut vivre dans la confiance en Dieu. Reconnaître que Dieu est Dieu, et que son règne est une réalité qui nous échappe, mais dans laquelle nous sommes tous entraînés, inexorablement.

Vivre dans la confiance… Justement, dans sa deuxième lettre aux Corinthiens, Saint Paul écrit : « Oui, nous avons confiance » et il ajoute aussitôt : « et nous voudrions plutôt quitter la demeure de ce corps pour demeurer près du Seigneur. » Oui, parfois notre corps peut nous sembler un obstacle à notre relation à Dieu. Si notre corps permet, ici-bas, à notre âme d’être visible, d’être reconnu par les autres ; si notre corps est le moyen, le seul moyen, donné à notre âme pour entrer en relation, en contact avec les autres, parfois au contraire ce corps peut nous apparaître comme un obstacle pour entrer en relation avec Dieu. Nous voudrions parfois être de purs esprits, pour communiquer en direct avec Dieu qui est esprit. D’autant plus quand notre corps est malade ou souffrant, ou quand nous sentons ses limites, ses handicaps, lorsque nous vieillissons ou que nous traversons l’épreuve de la maladie. Alors oui, comme l’écrit Saint Paul, « Oui, nous avons confiance, et nous voudrions plutôt quitter la demeure de ce corps pour demeurer près du Seigneur. » 

Mais le psaume que nous avons entendu nous révèle pourtant, lui, que notre corps n’est pas un obstacle ! En évoquant le destin de l’ami du seigneur, le psaume dit : « Vieillissant, il fructifie encore, il garde sa sève et sa verdeur pour annoncer : « Le Seigneur est droit ! Pas de ruse en Dieu, mon rocher ! » On peut comprendre à travers cette image du cèdre du Liban, que, pour l’ami du Seigneur, le « juste », l’annonce de l’amour de Dieu n’a pas besoin d’un corps en pleine jeunesse, en bonne santé. Même vieillissant, même diminué, même handicapé, même dans l’incapacité physique de quitter sa chambre, de quitter son lit, chacun peut continuer à louer le Seigneur, à lui rendre grâce pour ses bienfaits, à intercéder pour ses proches ou pour le monde entier. Chacun, même le plus petit, le plus faible, le plus diminué, a un rôle à jouer dans l’humanité, qui est le siège du règne de Dieu. Personne n’est exclu du plan de Dieu en raison de sa pauvreté ou de sa faiblesse. « Vieillissant, il fructifie encore, il garde sa sève et sa verdeur ». C’est pourquoi la prière des malades ou des personnes souffrantes est une prière puissante. La prière de ceux qui ne peuvent plus que prier est celle qui plaît particulièrement à Dieu, parce qu’elle ne peut être qu’une prière vraie, une prière de l’âme. 

Alors, frères et soeurs, quel que soit notre état de santé, quelles que soient nos souffrances, ne cessons pas de prier pour qu’advienne et se déploie en notre monde le Règne de Dieu. Semence minuscule, il deviendra, sous l’action de son Esprit Saint, maître de la vie, un cèdre magnifique, et tous les peuples de la terre pourront venir se réfugier sous ses branches.

Amen !

Daniel BICHET, diacre permanent

Boussay, Maisdon-sur-Sèvre et Clisson

16 juin 2024




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