Vous le savez, depuis quelques années, de plus en plus d’adultes frappent à la porte de nos presbytères, souhaitant se faire baptiser. Le phénomène est récent, pourtant Jésus lui-même déjà avait demandé le baptême étant adulte !
C’est ce qu’on vient de voir dans ce court récit de l’évangile selon Saint Matthieu.
Cet épisode du baptême de Jésus est exceptionnel à plus d’un titre : c’est d’abord un des rares épisodes de la vie de Jésus qui soit évoqué dans chacun des quatre évangiles. Nous venons d’entendre la version de Matthieu, mais Marc, Luc et Jean en font eux aussi un récit, chacun à sa manière. Il y a très peu d’événements dans ce cas. Alors, on peut penser que si les quatre évangélistes ont jugé utile de mentionner cet événement, c’est qu’il est d’une importance exceptionnelle.
C’est bien un événement exceptionnel, parce que le baptême de Jésus marque le commencement de sa mission. Mais en plus, ce baptême est l’occasion pour tous les évangélistes de révéler, dès le début, l’identité de Jésus. Qui est Jésus ? le fils bien-aimé du Père. C’est le Père lui-même qui le dit ! « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ». Dans tout le reste des quatre évangiles, il y a très peu de passage où l’identité de Jésus, Fils de Dieu, est révélée de manière aussi explicite.
Exceptionnel aussi, ce baptême, parce que sont réunis dans le même tableau le Père, dont on entend la parole venant des cieux ; le Fils, Jésus qui reçoit le baptême, et le Saint-Esprit, évoqué par cette colombe qui descend sur Jésus. On est donc bien ici en présence de la Trinité, Dieu Père, Fils et Esprit Saint. Il est très rare en effet que la Trinité soit toute entière présente dans une scène biblique. Le mot « Trinité » n’apparaît d’ailleurs jamais, à aucun moment dans toute la Bible. Il faudra attendre la fin du 4ème siècle de l’Église pour que l’évidence de la Trinité soit proclamée comme la réalité du Dieu unique.
Exceptionnel enfin, ce baptême, parce que Jésus n’est pas acteur de ce qui se passe. C’est le seul moment, à part évidemment sa Passion, à l’autre bout de l’Évangile, où Jésus subit les événements qui le concernent sans en être l’auteur. Il se laisse baptiser. Pourtant, le texte de St Mathieu nous dit que « Jean le laisse faire », comme si Jésus se baptisait lui-même ! Mais ce n’est pas Jésus, ni même Jean, qui sont les véritables acteurs de ce qui se passe dans ce baptême.
Parce que le baptême, celui de Jésus comme d’ailleurs celui de chacun d’entre-nous, c’est l’œuvre du Père.
Lors du baptême, le Père envoie son Esprit Saint sur le baptisé, afin qu’il devienne son enfant. C’est un acte de création, un acte d’enfantement. C’est donc par excellence l’œuvre du Père, qui est celui qui engendre, celui qui ouvre à la vie.
Quand je baptise un enfant, en fait je ne fais que laisser le Père faire en lui son œuvre. Il lui faut bien-sûr un instrument, un ministre pour que cette œuvre se rende visible. Mais c’est bien lui, le Père, qui agira quand je verserai l’eau sur la tête de cet enfant. Et je ne le ferai pas en mon nom personnel, mais « au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit ». La Trinité est ainsi convoquée à chaque baptême, comme elle l’était à celui de Jésus.
Ainsi, l’enfant baptisé deviendra à son tour fils du Père, comme tout baptisé. Fils du Père, donc frère de Jésus. C’est ce que nous chantons parfois juste après son baptême : « tu es devenu enfant de Dieu et frère de Jésus, alleluia ! ». Le Père agit par son Esprit Saint pour faire de nous ses fils.
Le baptême que Jésus reçoit est le baptême proposé par Jean, baptême de repentance, de conversion. Ce baptême marque un tournant dans la vie, un changement profond.
De fait, cette définition du baptême s’applique bien à Jésus, puisque sa vie en a été bouleversée. Tout commence à partir de son baptême. Les quatre évangiles l’affirment, et même St Pierre, dans ce passage du Livre des Actes des Apôtres, l’atteste : « Vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les commencements en Galilée, après le baptême proclamé par Jean : Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance. » Il y a bien, pour Jésus, un avant et un après son baptême.
Il en est de même pour nous aujourd’hui. Même si le baptême reçu par Jésus n’est pas tout à fait celui que nous avons reçu, le baptême est un moment charnière dans une vie. On ne le voit pas dans le baptême d’un tout petit enfant, mais ce basculement est bien visible dans le baptême des adultes, qui sont de plus en plus nombreux à vouloir devenir chrétiens, et qui cheminent deux années vers le baptême. Ce long temps de cheminement les prépare à vivre un changement, souvent radical, dont ils ont le désir et qui a d’ailleurs déjà commencé à s’inscrire dans leur quotidien : du temps consacré à la prière, une prise de conscience nouvelle de la présence de Dieu, qu’ils peuvent rejoindre dans leur intériorité ; une façon nouvelle de voir la vie, un regard différent sur eux-mêmes, sur les autres, sur Dieu…
Pour la plupart d’entre-nous, notre propre baptême est un événement dont nous n’avons, bien évidemment, aucun souvenir. C’est sans doute pourquoi, parmi les personnes qui accompagnent les catéchumènes, beaucoup me disent qu’ils regrettent presque d’avoir été baptisés si jeunes, alors que les catéchumènes adultes vivent leur baptême de manière si intense : c’est pour eux un temps d’ouverture, de découverte, de formation… Un temps pour prendre vraiment en charge sa foi, en responsabilité, en conscience. Un temps de haute intensité spirituelle ! C’est vrai. Mais la meilleure réponse, c’est de rappeler à ces accompagnateurs — mais aussi à chacun de nous — qu’il est toujours possible de vivre ces moments, à tout âge. De nombreuses formations, de nombreux parcours sous de multiples formes existent, théoriques ou pratiques, savantes ou à la portée de tous, dans l’Église de France mais d’abord dans notre diocèse et même dans notre paroisse.
Alors, en ce début d’année, puisqu’il est de coutume de prendre de bonnes résolutions, pourquoi ne pas décider de s’engager dans l’un ou l’autre de ces parcours de formation ? Seul ou accompagné, en couple ou en groupe, à distance ou en présentiel, il est toujours enrichissant et dynamisant de reprendre la main sur sa foi, et de faire vivre les promesses de son baptême que nos parents ont faites en notre nom.
S’il n’est pas possible de se faire re-baptiser, rien n’empêche de vivre un temps spirituel intense, semblable à celui du catéchuménat. Ça peut être une bonne résolution pour 2026 ; ça peut aussi faire partie des voeux que nous formulons pour nos proches.
Alors, meilleurs voeux de bonne santé spirituelle à tous !
Daniel BICHET, diacre permanent
Paroisse Ste Marie du Val de Sèvre
Monnières et Clisson (44)
Le 11 janvier 2026