La semaine dernière, le diacre Henry nous invitait à ne pas dérouler notre Avent comme on déroule un rouleau de papier aluminium, c’est-à-dire à ne pas vivre ce temps dans la routine ou l’habitude. Je vous propose aujourd’hui, en ce deuxième dimanche de l’Avent, de cheminer dans les textes du jour en les éclairant par l’encyclique Laudato si’ du pape François.
Première porte : Isaïe 11, une création réconciliée et la justice qui fait vivre.
Isaïe nous offre un texte magnifique, presque un rêve : le loup et l’agneau, l’ours et la vache, le lion qui mange du fourrage. Un monde où ce qui est opposé aujourd’hui devient capable de vivre ensemble. À l’approche de Noël, on peut penser à certains débats familiaux… Par exemple, lorsque l’oncle Michel, un peu « viandard », se verra proposer un steak végétal à la place de son foie gras habituel. En pensant au loup et à l’agneau, je songe aussi à la difficulté de faire asseoir sur le même canapé un frère et une sœur sans qu’ils ne se chamaillent. Ces images nous montrent que la paix ne va jamais de soi.
Que nous dit cette première lecture sur ce monde réconcilié ? Ce n’est pas un poème naïf. C’est une vision prophétique : Dieu veut réconcilier non seulement les humains, mais toute la création. Et cette réconciliation commence par la justice.
Isaïe dit : « Il jugera les petits avec justice ; il se prononcera avec droiture en faveur des humbles du pays. » La justice est fondamentale dans la doctrine sociale de l’Église. Il n’y a pas de charité sans justice. On rappelle souvent que l’on ne donne pas par charité ce qui est dû en justice.
Dans Laudato si’, le pape François fait le même lien : on ne peut pas protéger la terre sans protéger les pauvres, et on ne peut pas défendre les pauvres sans défendre la terre. Écoutons ces lignes éclairantes : « Aujourd’hui, nous ne pouvons pas nous empêcher de reconnaître que la détérioration de l’environnement et la détérioration de la société affectent d’une manière spéciale les plus faibles de la planète. Le cri de la terre et le cri des pauvres sont un même cri. » (Laudato si’, 48-49.)
Autrement dit, la vision d’Isaïe, ce monde où tout respire, où les petits sont protégés, où les puissants ne dévorent plus les faibles, n’est pas seulement une promesse pour demain ; c’est une mission pour aujourd’hui.
Deuxième porte : Jean-Baptiste, la sobriété prophétique et la conversion écologique.
Jean-Baptiste apparaît dans le désert, vêtu de poils de chameau, se nourrissant de sauterelles et de miel sauvage. Ce n’est pas du folklore. C’est un signe. Jean vit avec peu. Il annonce un Messie qui vient purifier et transformer, mais il commence lui-même par transformer sa manière de vivre. Et il nous dit : « Produisez un fruit qui exprime votre conversion. »
Le pape François rejoint Jean-Baptiste lorsqu’il écrit : « La crise écologique est un appel à une profonde conversion intérieure. Il s’agit de laisser jaillir toutes les conséquences de la rencontre avec Jésus dans nos relations avec le monde qui nous entoure. Vivre la vocation de protecteurs de l’œuvre de Dieu n’est pas quelque chose d’optionnel. » (Laudato si’, 217.)
Cette conversion n’est pas triste. Ce n’est pas “faire moins”. Ce n’est pas devenir ascétiques. C’est faire de la place pour mieux aimer, comme on prépare une maison avant d’accueillir un invité important. La sobriété de Jean-Baptiste est une sobriété libératrice, qui ouvre le chemin au Seigneur.
Et cette sobriété est écologique par nature : moins de superflu, plus de relations vraies ; moins de consommation, plus de joie reçue et donnée. C’est ainsi que nous préparons la venue du Christ : en laissant la lumière de Dieu entrer dans nos choix concrets, nos habitudes, nos relations, nos manières de consommer et même de prendre soin de la création.
Frères et sœurs, l’Avent nous ouvre un chemin magnifique. Le rameau d’Isaïe nous promet un monde réconcilié. Jean-Baptiste nous appelle à une conversion qui libère. Et Laudato si’ nous rappelle que notre fidélité au Christ passe aujourd’hui par l’attention aux pauvres et par la sauvegarde de notre maison commune.
Alors, en avançant vers Noël, que chacun de nous fasse un pas, même petit, mais un pas vrai ; un pas qui prépare le cœur, qui allège la vie, qui respecte la création et qui ouvre un espace pour Jésus.
Et que cette parole nous accompagne : « Si nous laissons Dieu illuminer notre cœur, alors la terre respirera ; et si la terre respire, la paix de Noël pourra vraiment descendre sur notre monde. »
Guillaume DOUET, diacre permanent
Paroisse Notre-dame de la Compassion
Diocèse de Nanterre
7 décembre 2025