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Ascension du Seigneur


Dimanche dernier, le Père Rémi s’adressait aux 6ème qui faisaient leur profession de foi en leur parlant de la randonnée en montagne et du sac à dos qu’il fallait préparer. Il prenait cette image pour leur expliquer qu’être témoin du Christ cela demandait, comme pour une marche en montagne, de se mettre en marche et d’emporter ce qu’il fallait mais sans s’encombrer.

Aujourd’hui, comme souvent dans l’évangile de Matthieu, nous voici avec les disciples sur la montagne. Ils n’ont pas pris de sac avec eux parce qu’ils ne partent pas en randonnée mais ils viennent à un rendez-vous. Le dernier que le Christ leur a donné. Le message est bien passé depuis le premier jour de la résurrection, depuis le témoignage des femmes au tombeau. Alors, ils sont tous là du moins ceux qui restent. Ils sont probablement dans la joie des retrouvailles mais aussi dans la tristesse des séparations.

Cette montagne de Galilée, c’est le lieu où il leur a été annoncé que Jésus les précède. Et le Christ tient sa promesse. Il est bien là même si certains d’entre eux ont encore des  doutes sur la réalité de sa présence. Malgré tous les signes depuis la Pâque, il n’est pas encore évident pour tous de croire en la résurrection de celui qu’ils ont tant côtoyé et aimé.
Sans doute parce que la foi est loin d’être une évidence pour quiconque essaie de se mettre entre route. La foi est un peu comme une longue randonnée en montagne parfois pénible et décourageante ; mais nécessaire pour pouvoir se réjouir et s’émerveiller devant des panoramas uniques.

Ce rendez-vous sur la montagne ce n’est pas pour continuer la route ensemble de la même manière qu’ils l’ont fait jusqu’alors, mais pour un autre chemin avec une présence différente.
Le Christ qui est là sous leurs yeux, les disciples aimeraient bien le garder avec eux et pour eux pour toujours, peut-être même l’enfermer dans cette nouvelle réalité de ressuscité.
Mais pour que la parole s’accomplisse jusqu’au bout, il faut que le Christ monte au Ciel, non pas le « ciel » au-dessus des nuages, mais ce ciel qui est la rencontre intime de Dieu et de l’homme. D’une certaine manière c’est le ciel, vécu comme avenir de l’homme, avenir de l’humanité.

Et l’Ascension en est le signe visible. Elle est la fête qui inaugure cet instant, qui fait exister ce Ciel. Et cela, à partir d’un départ.
Or bien souvent les départs, surtout quand on aime la personne qui s’en va, sont douloureux.

Sans doute avez-vous déjà eu l’occasion de vivre cette expérience du départ d’un ami vers une destination qu’il a choisi. Même si l’on sait qu’on se reverra à un moment ou à un autre, nos sentiments sont souvent mêlés de joie et de tristesse : joie de savoir qu’il va vivre quelque chose qui lui tient à cœur et que nous pourrons partager à son retour mais aussi tristesse pour le temps de l’absence et l’incertitude des retrouvailles.
Parfois il nous arrive aussi de ne pas bien comprendre pourquoi il s’en va alors qu’on est si bien ensemble.

Le départ de Jésus vers les cieux ne signifie pas la fin d’une histoire mais plutôt le début de l’éternité, de notre éternité. Si Jésus n’était pas « monté » au ciel, il serait encore parmi nous.
Peut-être les disciples auraient-ils préféré qu’Il reste à leur côté ?
Eux qui venaient tout juste de se faire à l’idée de la Résurrection auraient sans doute trouvé plus facile de conserver le Christ à leur côté pour les conseiller et les aider.
Peut-être que nous aussi nous aimerions bien que le Christ soit plus présent à nos côtés du moins comme on le voudrait ?
Son départ symbolise dès lors un nouveau mode de présence, non plus une présence proche, visible et à nos côtés, mais plutôt une présence à la fois toute intérieure, universelle, hors frontière et hors du temps.
Jésus n’est plus seulement présent à ceux qui l’ont côtoyé, mais à tous ceux qui croient en lui.
Avec l’Ascension le Christ ne s’évapore pas dans les nuages, il se propage en chacun de nous.

Désormais, il est avec nous jusqu’à la fin des temps non pas pour que nous le gardions pour nous mais pour vivre cette parole : « Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples »
Avec l’Ascension tout commence, et il nous faut nous mettre en route comme des marcheurs infatigables.
C’est notre condition de chaque jour depuis le commencement de l’Eglise ; ce commencement que nous avons entendu tout à l’heure dans la lecture des Actes des Apôtres.
Le Christ fait confiance à ses disciples pour transmettre sa Parole et la vivre ; il fait confiance à chacun d’entre nous pour poursuivre la mission.

Aujourd’hui, nous ne fêtons pas la fin de la présence du Christ sur terre mais le début de sa présence autrement en chacun ; car il ne nous laisse pas seul, il nous promet une force pour nous accompagner tout au long de ce chemin. Et Dieu tient toujours sa promesse.

Alors ne restons pas les bras croisés et les yeux fixés au ciel des nuages dans une attente passive. Mais essayons, avec la force de l’Esprit Saint d’avoir les yeux fixés sur le Christ présent dans le ciel de l’éternité et les bras ouverts pour faire vivre, là où nous sommes la justice et la paix.
Essayons de vivre cette double dimension de la croix, la dimension verticale de Dieu vers les hommes et réciproquement, et la dimension horizontale en lien avec tous nos prochains.

Ainsi aujourd’hui chacun de nous pourrait prendre le temps de s’interroger :
-    Vers qui est-ce que je regarde dans ma vie de foi ?
-    Est-ce que je garde mon regard fixé vers le ciel en attendant tout de Dieu ?
-    Est-ce que je regarde vers la Terre, vers les hommes avec leurs joies et leurs souffrances en me disant que faire Seigneur ?
-    Est-ce que mon regard se laisse transformer par l’Esprit Saint dans la prière, la lecture de la Parole de Dieu, la rencontre des autres ?


Je voudrais simplement terminer par ces quelques mots de prière du Cardinal Daneels

Seigneur Jésus, quand Tu es monté au ciel,
les anges disaient aux Onze :
«Ne restez pas là à regarder vers le ciel !»
Mais quinze jours auparavant, près du tombeau,
ces mêmes anges n'avaient-ils pas dit aux femmes :
«Ne regardez pas vers le bas ! Il n'est pas ici. Il est ressuscité.» ?
Les anges seraient-ils capricieux
qu'ils changent aussi vite d'idée ?
Que faire, Seigneur Jésus :
regarder en bas vers la Terre, ou en haut, vers le Ciel ?
Vers les deux, nous dis-Tu : «Je suis au Ciel,
regardez donc en haut, vers moi, et priez.
Mais je suis aussi sur Terre, dans tous les pauvres,
les petits, les malades et les pécheurs.
Il vous reste tant à faire en bas, pour eux et pour moi.
Provisoirement du moins».
Seigneur Jésus, fais-nous regarder vers le Ciel,
sans oublier la Terre, et inversement.
Car tout ce que nous faisons sur Terre
à ceux qui sont tiens, c'est à toi que nous le faisons.

                            Cardinal Godfried Danneels


Jean-Yves QUINTEAU, diacre permanent, diocèses de Savoie (Chambéry, Maurienne, Tarentaise).
2 juin 2011

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